1999 – RAPPORT ANNUEL – Novembre 1999

EDITO

Coup sur coup, Paris vient de recevoir deux chefs d’États de pays soumis à un régime tyrannique. Jiang Zemin a été accueilli en grande pompe, comme un ami, pendant que le peuple tibétain vit sous la férule de l’armée chinoise, que les exécutions se multiplient, que les prisons ne désemplissent pas d’opposants politiques. Quand à Mohamad Khatami, on dit qu’il serait un président d’ouverture mais une répression implacable et cruelle continue à frapper en Iran ceux qui n’acceptent pas le joug obscurantiste.

Certes, en parlant commerce on a rituellement constaté un désaccord sur les droits de l’homme, mais il n’est pas certain qu’on ait fait progresser leur cause en interpellant les réfugiés de ces pays qui, résidant en France, voulaient manifester, en envoyant au poste les militants de Reporters sans frontières Il n’y a rien à voir, rassurez-vous, vous n’entendez aucun cri hostile. Portez aussi ce message à votre peuple qui lutte.

Nous n’avons jamais demandé que l’on rompe toutes les relations avec les États tyranniques. Mais ne devrions-nous pas, au moins quand nous recevons leurs représentants, leur dire que notre condamnation n’est pas une simple protestation diplomatique mais l’expression d’une révolte, que nous sommes solidaires de leurs peuples qui souffrent et de « ceux qui sont persécutés en faveur de leur action en faveur des libertés ». Au moment où le général Pinochet attend à Londres son extradition vers l’Espagne et alors que des poursuites sont engagées contre les tortionnaires qui, il a vingt ans, terrorisèrent le peuple argentin, une question se pose : comment donc les accueillerions-nous aujourd’hui s’ils étaient encore au pouvoir ?

Le peuple tchétchène vit un martyre : bombes, destruction, famine, cohortes de réfugiés, tout cela sous le regard impavide de l’ONU, de l’Union européenne. Bien évidemment, nous ne demandons pas que l’on bombarde Moscou, mais devant ce silence terrible, le droit international au nom duquel on intervenait au Kosovo apparaît tout à coup comme un balbutiement dérisoire.

Aux Etats-Unis, on continue de tuer. L’exécution d’Abu-Jamal est reportée, mais il n’est qu’un symbole. Il y a tous les autres, ces milliers de prisonniers qui attendent dans les couloirs de la mort et le million et demi de détenus dans les prisons américaines. On censure le spot publicitaire d’Amnesty international qui dénonçait les atteintes aux droits de l’homme – commises cette fois dans un pays occidental – au prétexte qu’il pouvait « nuire aux bonnes relations entre États ». Encore sans doute un progrès du droit international ?

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