12 novembre 2008 – Rendre justice aux fusillés de 14-18 : une intervention incomplète du Président de la République

Le Président de la République a évoqué à Douaumont, pour le 90e anniversaire de l’armistice de 1918, le sort des « fusillés pour l’exemple ». Il a reconnu que ces hommes n’étaient pas des lâches et ne s’étaient pas déshonorés. Cette déclaration est un progrès par rapport aux positions prises par ses amis politiques lorsque Lionel Jospin, Premier ministre, avait à juste titre demandé en 1998 que l’histoire de toutes les victimes des tribunaux militaires réintègre pleinement la mémoire de la première guerre mondiale.

 

Mais ce progrès est nettement insuffisant. Nicolas Sarkozy, loin de reconnaître l’effroyable injustice des décisions prises par les conseils de guerre, a déclaré que « cette guerre totale excluait toute indulgence, toute faiblesse », reprenant ainsi l’argumentation des fusilleurs. Et il présente les victimes comme des hommes qui n’auraient pas eu la force nécessaire pour continuer de se battre.

 

Or la vérité doit être faite sur les conditions inacceptables dans lesquelles ces hommes ont été « jugés ». Ils ont été « les victimes » non pas « d’une fatalité » mais de cette justice militaire dont Clemenceau lui-même disait qu’elle était à la justice ce que la musique militaire était à la musique. Nombre d’entre eux ont été non pas des hommes « faibles » mais au contraire ceux qui ont eu le courage de s’opposer, au péril de leur vie, à des ordres injustes, arbitraires et souvent inhumains.

 

La Ligue des droits de l’Homme considère que la mémoire de ces hommes demande non de la compassion mais tout simplement le rétablissement de la justice. Elle continue plus que jamais à demander la réouverture de leurs dossiers, l’accès des historiens à l’ensemble des archives et la réhabilitation pleine et entière des « fusillés pour l’exemple ».

 

Paris, le 11 novembre 2008

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