12 mars 2008 – Arménie : démocratie en danger

Communiqué de la LDH

A la suite de l’élection présidentielle du 19 février, dont la régularité a été contestée pacifiquement par plusieurs dizaines de milliers de personnes, une vague d’arrestations politiques et de répression brutale, avec utilisation de l’arme blindée dans les rues de la capitale, s’est abattue sur l’Arménie. Les affrontements du 1er mars entre policiers et manifestants ont fait 8 morts et 230 blessés ; plusieurs députés de l’opposition sont arrêtés ou en fuite ; la liberté de la presse a été suspendue par décret présidentiel, les médias non officiels muselés et l’état d’urgence proclamé. Les libertés d’expression, d’association, de communication sont réduites à néant.

L’ONU, l’OSCE, les USA ont appelé à la levée de l’état d’urgence ; l’Union européenne a appelé à la libération de toutes les personnes arrêtées pour motif politique. Mais le regain de tensions avec l’Azerbaïdjan pèse bien plus lourd que le respect de la démocratie dans les préoccupations diplomatiques. Les démocrates arméniens sont ainsi abandonnés à l’arbitraire, avec la perspective d’un procès politique faisant revivre les temps despotiques, pour la plus grande satisfaction des partisans de la manière forte à Erevan comme à Moscou.

L’ancien président Ter Petrossian, dont la liberté est très menacée, se demandait il y a quelques jours si l’inertie internationale amènerait « les Arméniens à tirer deux conclusions indésirables : que les moyens pacifiques et légaux sont inutiles dans une lutte politique, et que l’Ouest se soucie de démocratie uniquement quand ça l’arrange politiquement. ». La France, dont les gouvernants ont affirmé si souvent les liens étroits qu’elle entretenait avec l’Arménie, ne peut continuer à se taire face à cette légitime interrogation.

La Ligue des droits de l’Homme exprime sa totale solidarité avec les démocrates arméniens et appelle les autorités françaises à ne pas fermer les yeux sur les violations des libertés et de l’état de droit dont se rendent coupables chaque jour les gouvernants actuels de Erevan.

Paris, le 12 mars 2008

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