Lettre ouverte de l’Observatoire de la liberté de création Suite à l’interdiction faite à une chorale d’enfants de Commentry (Allier) de chanter la chanson « Les Mains d’or » de Bernard Lavilliers

Lettre ouverte de l’Observatoire de la liberté de création dont la LDH est membre adressée à l’inspection académique et au rectorat de Clermont-Ferrand

Mesdames,

L’Observatoire de la liberté de création est une association qui réunit, depuis 2002, des personnalités, des organisations professionnelles et des syndicats issus de l’ensemble des secteurs de la culture. Créé au sein de la LDH (Ligue des droits de l’Homme), il s’est constitué en association en janvier 2024. Il défend la liberté de création, de diffusion et de programmation des œuvres, consacrée par la loi de juillet 2016, et lutte contre toutes les formes de censure, d’entrave, de déprogrammation ou de dissimulation, qu’elles soient directes ou indirectes, explicites ou implicites. Il se veut à la fois un lieu de réflexion interdisciplinaire, de solidarité et d’intervention publique lorsqu’une œuvre, sa transmission ou son accès paraissent remis en cause.

À ce titre, nous avons été alertés au sujet de la décision prise à commentry dans le cadre du concert de l’harmonie municipale « La Forge en musique », qui doit avoir lieu le 28 mars 2026, alors que des élèves d’écoles primaires ainsi que la chorale du collège Émile-Mâle préparaient, avec leurs enseignantes et enseignants, leur participation à cet événement, dans un contexte marqué par l’annonce de la suppression de 190 emplois. Cette restitution devait donner à entendre un travail artistique et pédagogique construit en classe autour de la chanson « Les Mains d’or » de Bernard Lavilliers.

Il ressort des éléments qui nous ont été transmis que vous avez pris la décision d’empêcher les élèves des écoles primaires de se produire le 28 mars, puis d’enjoindre à la principale du collège Émile-Mâle d’interdire à la chorale de participer également à cet événement, en invoquant successivement la laïcité puis l’obligation de neutralité du service public de l’éducation.

Nous vous remercions de bien vouloir nous indiquer selon quel fondement juridique vous estimez pouvoir interdire aux enfants de chanter « Les Mains d’or » dans le cadre de ce projet.

S’il s’agit, selon vous, de la loi du 24 août 2021 confortant le respect des principes de la république, nous vous serions reconnaissants de bien vouloir nous préciser en quoi elle aurait vocation à s’appliquer à une sortie d’élèves participant à un concert public.

Nous vous remercions également de bien vouloir nous indiquer en quoi, selon vous, cette loi aurait vocation à s’appliquer à la chanson en question. Qu’est-ce qui, dans cette chanson, relèverait selon vous de ce cadre juridique ?

Vous avez mobilisé, à l’encontre de cette chanson, deux arguments : une atteinte à la laïcité, d’une part, et une atteinte à la neutralité, d’autre part.

Nous vous serions reconnaissants de bien vouloir nous expliquer, pour chacun de ces deux fondements, comment vous en êtes parvenu à cette conclusion.

S’agissant de la laïcité, nous souhaiterions savoir en quoi l’interprétation de cette chanson, dans le cadre d’un projet artistique et pédagogique, serait selon vous contraire à ce principe.

S’agissant de la neutralité, nous souhaiterions comprendre en quoi ce principe trouverait ici à s’appliquer.

Nous souhaiterions également connaître les raisons pour lesquelles vous faites une distinction entre ce type d’événement public et l’enseignement de la chanson en cours. Quels éléments justifieraient, selon vous, une différence de traitement entre ces deux situations ?

De façon générale, nous vous remercions de bien vouloir nous préciser dans quel cadre, tant interne qu’externe, vous agissez sur ce sujet. Le ministère a-t-il diffusé des directives, consignes ou recommandations sur ces questions ?
D’autres instances d’encadrement ou autorités administratives ont-elles également diffusé des orientations sur ce point ?

Ces éventuelles directives concernent-elles expressément les œuvres, leur interprétation, leur diffusion ou leur présentation dans un cadre scolaire ou périscolaire ?

Concernant les enseignantes et enseignants, ceux-ci ont-ils reçu des consignes particulières, des instructions, des formations ou des documents d’accompagnement relatifs à l’appréciation des principes de laïcité et de neutralité lorsqu’ils travaillent sur des œuvres artistiques ou culturelles avec leurs élèves ?

Nous vous serions reconnaissants de bien vouloir nous répondre sous 48 heures et vous indiquons que nous sommes à votre disposition pour tout échange que vous pourriez souhaiter.

À défaut de réponse, nous prendrons position publiquement, étant précisé que nous souhaitons, en tout état de cause, engager avec vous un dialogue ainsi qu’une réflexion de fond sur ces questions.

Nous vous prions d’agréer, mesdames, l’expression de nos salutations distinguées.

Paris, le 25 mars 2026

La Lettre au format pdf 

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