Avec L’Arabe, son premier film de fiction, Malek Bensmaïl poursuit son travail sur les mémoires entrecroisées de la France et l’Algérie après la guerre d’indépendance, auxquelles il a consacré plusieurs documentaires comme La chine est encore loin ou La bataille d’Alger : un film dans l’histoire.
Double mise en miroir et en mémoire que L’Arabe librement inspiré du roman de Kamel Daoud, Meursault, contre-enquête paru en 2013 : l’écrivain se proposait de redonner un nom à « l’Arabe », tué par Meursault, le personnage principal du célèbre roman L’Étranger d’Albert Camus.
« En écrivant L’Étranger, se demande Malek Bensmaïl, Camus avait-il mesuré son acte, quasi politique, de laisser cet Arabe, assassiné par son personnage principal, sans nom ? Ce faisant, ce n’est pas simplement son identité que je souhaitais restituer, mais l’identité toute entière d’un peuple colonisé à ce jour. »
Dans l’Algérie des années de plomb, sur fond de décennie noire, Kamel, jeune journaliste, tente de faire émerger une parole enfouie. C’est à Oran qu’il rencontre Haroun, un retraité solitaire, qui lui livre une histoire sidérante : il serait le frère de « l’Arabe » assassiné dans L’Étranger d’Albert Camus. Cet Arabe, dont le nom effacé était Moussa, devient alors le point de départ d’une relecture de l’Histoire, entre mémoire coloniale, silences familiaux et violence politique.
Jouant des artifices à la fois de la fiction et du réel, Malek Bensmaïl entend questionner à travers son récit filmique la représentation de “l’Arabe” dans un monde en crise, fidèle à son engagement pour un cinéma à la fois politique, poétique et profondément humain.
Le film vient opportunément en écho avec la nouvelle sortie en salles d’Octobre à Paris de Jacques Panijel et apporte une nouvelle réflexion aux débats post-coloniaux portés notamment par La LDH.
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Un film de Malek Bensmaïl
Distribution : Les Films des deux rives
Durée : 1h 46min
