Communiqué commun dont le LDH est signataire
La 31e conférence des Nations unies sur les changements climatiques (Cop 31) qui se tiendra en Turquie, aura lieu après un été qui a démontré à quel point même une fraction de dérèglement climatique peut avoir des conséquences dévastatrices pour les communautés et leurs droits. Présente lors des négociations, la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH) appelle les Etats parties à enfin respecter leurs obligations au titre de l’Accord de Paris et à faire des droits humains un enjeu central de toutes les décisions, de la sortie des énergies fossiles aux objectifs d’électrification et de financement.
Inondations catastrophiques au Népal. Canicule meurtrière et sans précédent, exacerbée à l’échelle mondiale par le « super-El Niño ». Incendies de forêt ravageant des régions entières en Océanie et en Amérique du Nord. Les catastrophes climatiques de cet été ont montré qu’un monde dépassant même légèrement la limite de 1,5 degrés fixée par l’Accord de Paris est un monde où les menaces pesant sur les vies, les droits humains et la nature sont sans précédent.
Cette année a également confirmé ce que l’on savait déjà concernant les injustices liées à l’effondrement climatique : les pays moins responsables des émissions historiques, comme le Népal, sont ceux qui souffrent le plus et disposent du moins de moyens pour s’adapter à la crise et à ses conséquences. Le rapport du Programme des Nations unies pour l’environnement a clairement montré que nous sommes sur une trajectoire de dépassement qui ne ferait qu’aggraver la situation. Mais cela ne doit pas nous conduire à la résignation.
Au contraire, cela doit nous pousser à agir de toute urgence pour revenir sous la barre des 1,5 degrés, avant de franchir des seuils irréversibles. Les dirigeant-e-s et les négociateur-ice-s réuni-e-s à Antalya doivent en faire une ambition collective et enfin respecter leurs obligations en matière de protection du climat et des droits humains qui en dépendent. Placer les droits et leurs défenseur-e-s au cœur des négociations fait partie intégrante de la solution.
Pas de transition juste sans droits humains
Lors de la Cop 30, dans le cadre du Programme de travail sur la transition juste, la société civile a obtenu une décision historique visant à mettre en place un mécanisme d’action pour une transition juste – connu sous le nom de « Bam » – afin d’accélérer et de coordonner l’action climatique qui favorise la justice sociale et les droits pour tous-tes. La Cop 31 est le moment de concrétiser cette décision.
Une transition juste ne peut être considérée comme telle si elle ne respecte pas les droits et ne laisse pas la place aux voix et aux solutions de la société civile, des défenseur-e-s de l’environnement, des peuples autochtones et des travailleur-se-s. Le « Bam » doit garantir leur participation et faire des droits une préoccupation centrale de son fonctionnement, de sa structure et de ses activités, comme le soulignent la FIDH et ses organisations membres dans une nouvelle note de plaidoyer à l’intention des négociateur-ice-s.
Une transition juste ne se limite pas au « Bam ». La Cop 31 examinera la feuille de route volontaire pour la sortie des énergies fossiles et l’objectif de la coprésidence visannt à porter l’électrification à 35% de la demande énergétique finale d’ici 2035. L’abandon progressif des énergies fossiles et d’autres politiques de transition énergétique doivent aller de pair pour garantir des réductions absolues des émissions, conformément aux données scientifiques et à l’objectif de 1,5°C ou moins. Pour que cela devienne réalité, il faut que s’ensuive un financement accru des pays à revenus élevés vers les pays à faibles revenus.
Les États doivent garantir les droits et une consultation significative des communautés concernées – qu’il s’agisse de préserver les moyens de subsistance dans les secteurs en voie d’abandon ou de réparer les dommages environnementaux causés par les projets liés aux combustibles fossiles. Une transition juste signifie mettre en place un nouveau modèle économique qui respecte à la fois les limites planétaires et assure la pleine réalisation de tous les droits humains.
L’abandon progressif des énergies fossiles n’est qu’une partie de l’équation. Les États doivent également empêcher une accélération de l’ »extractivisme vert » dépourvu de protections des droits humains, qui reproduit des violations similaires et des modes de consommation non durables propres au passé des énergies fossiles. C’est le cas pour de nombreux peuples autochtones dont les droits sont soumis à une pression croissante en raison de la course aux « minéraux critiques » sur leurs territoires.
Lutter pour protéger les défenseur-e-s de l’environnement, à l’intérieur et à l’extérieur de la Cop
Les négociations d’Antalya interviennent également près d’un an après que la défenseuse authoctone du climat Daria Egereva a été arbitrairement placée en détention par les autorités russes sous des accusations infondées de terrorisme, peu après son retour de la COP30. Elle est depuis lors en détention provisoire aux côtés de sa collègue Natalia Leongardt, toutes deux risquant jusqu’à 20 ans de prison.
L’affaire Egereva et Leongardt nous rappelle douloureusement que l’espace dont disposent les défenseur·es de l’environnement pour s’exprimer et exiger une véritable action climatique ne cesse de se réduire à l’échelle mondiale, au prix d’énormes sacrifices pour eux et elles, ainsi que pour notre avenir commun. Cela vaut également pour la Cop, où l’on observe une tendance à organiser les négociations dans des pays dont le bilan en matière de droits est préoccupant.
Un espace civique ouvert doit être une priorité dans la politique climatique et dans sa mise en œuvre. Le Secrétariat des Nations unies et les États doivent exprimer leur tolérance zéro envers les représailles et mettre en place des mesures de protection pour les défenseur-e-s avant, pendant et après les Cop, comme l’expliquent l’Observatoire de la FIDH pour la protection des défenseur-e-s des droits humains ainsi que ses organisations membres et partenaires dans une nouvelle note.
Un principe fondamental doit guider l’ensemble des travaux à Antalya : il n’y a pas de justice climatique sans droits humains.
Paris, 4 novembre 2026
