Appel à rassemblement en mémoire des victimes d’El Fasher et contre le génocide au soudan, le 8 novembre 2026 à Paris

Communiqué de la LDH et appel au rassemblement le dimanche 8 novembre 2026, place de la République, à Paris

Il y a un an tombait la ville d’El Fasher au Darfour après 500 jours d’un siège terrible où les Forces de soutien rapide (FSR) ont délibérément affamé la population de la ville en pratiquant une tactique de terre brûlée dans les villages alentour et en bloquant toute aide et ravitaillement. Ils ont bombardé et attaqué sans pitié les populations civiles, les infrastructures de santé, les cuisines communautaires, les lieux de prière, jusqu’aux rassemblements pour les funérailles, multipliant les crimes de guerre.

A la chute d’El Fasher, les FSR ont commis des atrocités sans nombre, exécutions de masse, viols, enlèvements, arrestations et tortures, remplissant les fossés qu’ils avaient creusés pour encercler la ville des cadavres des personnes cherchant à fuir. Les images ont fait le tour du monde car les miliciens, hilares, ont filmé leurs exactions dans les premiers jours. Les captures satellites de la ville au moment de sa chute qui ont été étudiées par une unité de recherche de l’université de Yale ont révélé des charniers par dizaines, et des quantités de sang si importantes qu’elles étaient visibles depuis l’espace. Depuis, les preuves de ces tueries de masse disparaissent.

Six mois plus tard, le parquet de la Cour pénale internationale (CPI) a conclu dans son rapport préliminaire que les FSR avaient commis des crimes et des tueries à caractère génocidaire, ciblant particulièrement la communauté Zaghawa, ethnie non arabisée qui constitue l’une des bases de recrutement des Joint Forces, coalition d’anciens rebelles du Darfour maintenant alliés aux Forces armées soudanaises (Fas).

Force est de constater qu’un an après la chute d’El Fasher, (presque) rien n’a changé.

Les FSR continuent leurs exactions de masse partout où ils se trouvent au Soudan, poursuivant leur campagne génocidaire, tandis que leur parvient sans cesse le flot d’aide logistique, militaire, financière, politique et diplomatique des Émirats arabes unis, primordial dans le prolongement de cette guerre.

En acheminant munitions, armes, drones, mercenaires, en usant de toute leur influence pour empêcher toute action visant à exécuter la résolution 2736 du Conseil de sécurité de l’Organisation des nations unies (Onu), Les Émirats arabes unis ont contribué de manière déterminante à la chute de la ville, aux massacres et aux exactions qui ont suivi.

Selon Human Rights Watch « pendant toute la durée du conflit, les Forces de sécurité régionales (RSF) ont bénéficié du soutien militaire des Émirats arabes unis », qui ont directement soutenu ce groupe paramilitaire et facilité le recrutement de centaines de mercenaires pour son compte. Human Rights Watch a souligné que les dirigeants du monde entier devraient « rompre leur silence sur le rôle insidieux joué par les Émirats arabes unis dans l’aggravation de ce conflit ».

Les FSR ont établi plusieurs prisons et camps de détenus où ils enferment dans des conditions sanitaires et humanitaires catastrophiques des civils arrêtés au Darfour et au Kordofan, y compris des femmes et des enfants, avant de les assassiner dans le silence de la communauté internationale. Outre les mauvais traitements et la torture, les prisonniers font face à des conditions extrêmement difficiles : manque de nourriture et de médicaments, propagation de maladies et augmentation du nombre de décès. Parmi ces camps, nous pouvons citer la prison de Daqris à proximité de Nyala (Darfour Sud) où sont détenus près de 20 000 personnes, la prison de Shala (El Fasher) et celle d’Ad Daïn (Darfour oriental).

Chaque jour supplémentaire où cette milice génocidaire est laissée libre d’agir constitue une complicité intolérable et un échec moral envers les victimes et le peuple soudanais qui lutte pour survivre.

Les États occidentaux et européens détournent le regard. Ils refusent encore et toujours de reconnaître le caractère unique des crimes génocidaires et contre l’humanité commis par les FSR, et d’en tirer les conséquences.

Il faut désormais que la France et les pays européens :

– sanctionnent réellement les Forces de soutien rapide, en mettant en œuvre la résolution du Parlement européen du 8 juillet 2026, votée à une majorité écrasante ;

– dénoncent la responsabilité fondamentale des Émirats arabes unis dans la mort et la souffrance de millions de Soudanais,  intervienne diplomatiquement pour la faire cesser ;

– suspendent leurs livraisons d’armes aux Émirats arabes unis et demandent à l’Onu de faire rendre des comptes aux responsables émiratis impliqués dans ce soutien militaire et logistique, malgré les dénégations officielles d’Abou Dhabi.

La LDH (Ligue des droits de l’Homme/droits humains) appelle à participer au rassemblement qui aura lieu le dimanche 8 novembre 2026, place de la République, à Paris en mémoire des victimes d’El Fasher, à l’initiative de l’association Sound of Sudan. Elle s’associe à la demande de cessation des actes de génocide en cours, avec intervention de la France pour l’application du droit international, de reconnaissance des crimes contre l’humanité et de la fin immédiate du silence médiatique. Cette manifestation permettra de rendre celles et ceux que l’on tente d’effacer.

Paris, le 6 novembre 2026

Télécharger le communiqué en PDF

 

Soutenez les combats de la LDH

Les droits et les libertés ça n’a pas de prix, mais les défendre a un coût.