20 septembre 2007 – Tribune « Xénophobie d’Etat » publiée dans Le Monde du 19 septembre 2007

Le dernier avatar de la politique initiée par M. Sarkozy, depuis qu’il a accédé au poste de ministre de l’intérieur, est d’interdire aux étrangers susceptibles de bénéficier du regroupement familial, d’avoir des enfants adoptés. Il faut qu’ils en soient les géniteurs génétiques et pas apocryphes. Peu importe qu’une telle démarche soit interdite en France où, heureusement, la famille ne se réduit pas à la biologie. On sait, depuis la création du ministère de l’identité nationale, que les étrangers ne sont plus tout à fait des hommes et des femmes, mais de dangereux individus qui mettent en péril la cohésion sociale, culturelle et économique de notre pays. Il faut, de plus, qu’ils parlent français avant d’en atteindre les rives.

 

Les millions d’immigrants venus dans notre pays au cours du XXe siècle, africains, asiatiques, européens, juifs, maghrébins, et j’en oublie, ne parlaient pas tous notre langue et ils ont su l’acclimater et l’enrichir. Exiger d’un étranger qui vient en France qu’il parle français, c’est nier sa qualité d’étranger, c’est refuser l’enrichissement que constitue l’échange culturel, c’est dire que l’on ne veut d’étranger que fait au moule d’une certaine idée de la France. Ces mesures dépassent de très loin le débat autour de l’immigration. Elles construisent, petit à petit, une image de l’étranger assiégeant la France, et lorsqu’il a réussi à y être présent, il devient une sorte de produit corrosif qui dissout la communauté nationale à coups de polygamie ou d’affrontement entre l’Islam et l’Occident.

 

Quand il n’est pas celui qui refuse de s’engager dans la voie du progrès, comme a su si bien le dire Nicolas Sarkozy à Dakar. Ce discours n’a rien de nouveau, il est celui d’une partie de la droite et de l’extrême droite en son entier depuis que la République existe. Cette politique concentre sur les étrangers nos peurs et nos haines, les transforme en danger et les regarde comme inférieurs. Elle implique qu’ils soient assimilés à des chiffres, celui des expulsions faites ou à faire ou celui des allocations familiales. Les femmes et les hommes disparaissent derrière leur statut, les enfants n’ont plus d’âge et représentent le même danger que leurs parents. Ayant déshumanisé les étrangers, il n’y a rien d’anormal que l’on tente de les mettre à part de la communauté des hommes et que l’on menace les hommes et les femmes qui les défendent. S’en protéger est si nécessaire qu’il faut décréter que toute personne née à l’étranger, dans les anciennes colonies ou de parents étrangers doit justifier qu’elle est française, faisant de millions de personnes des suspects, obligeant certains, dans le pays de la laïcité, à brandir leur religion en guise de preuve.

 

Petit à petit, des étrangers on en vient à ceux qui pourraient l’être soit administrativement, soit en raison de leur physique. La xénophobie d’Etat s’installe, et elle frappe tout apport allogène ou supposé. Le message de la France perd alors son universalité au profit d’une conception de l’identité qui exclut l’autre et nous enferme dans une France immobile et repliée sur des angoisses préconstruites et instrumentalisées. Je ne sais comment les historiens qualifieront cette période dans quelques années. Je sais, en revanche, que cette idée de la France n’a jamais porté que haine et drames.

 

Paris, le 20 septembre 2007.

 

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