Tribune collective dont Nathalie Tehio, présidente de la LDH, est signataire
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Les quartiers populaires et leurs habitantes et habitants pourraient être les premiers visés par un projet politique qui remet en cause les fondements de notre République. Le discours de Marine Le Pen sur la « priorité nationale », le 13 septembre, rappelle ce péril. Un ensemble de personnalités engagées dans la défense des quartiers populaires refuse « que les quartiers populaires deviennent le laboratoire d’une République qui trie les personnes et leurs droits. »
Avant même que la France ne s’éveille, beaucoup sont déjà là. L’aide-soignante. Le conducteur de bus. La femme de ménage. L’éboueur. L’ouvrier. Le chauffeur VTC. La gardienne d’immeuble. Ces travailleuses et travailleurs vivent souvent dans ces quartiers populaires que certains ne regardent qu’à travers les faits divers. C’est la France qui soigne, protège, éduque, construit, transporte.
Et pourtant, ces quartiers et leurs habitants pourraient demain être les premiers visés par un projet politique qui remet en cause les fondements de notre République. En 2027, les Françaises et Français choisiront entre deux conceptions de notre société. L’une considère que la loi protège chacun de la même manière. L’autre accepte que certains disposent de moins de droits.
Les quartiers populaires seront le premier terrain de cette confrontation. Regarder en face ce que signifierait pour eux l’arrivée de l’extrême droite au pouvoir, ce n’est pas s’y résigner : c’est prendre la mesure de la menace pour mieux la combattre et empêcher qu’elle advienne.
Depuis des décennies, l’extrême droite les désigne comme responsables de tous les maux : personnes « assistées », « étrangères », « délinquantes ». Elles et ils incarneraient l’insécurité, l’immigration incontrôlée, le déclin français. Ces contre-vérités préparent une politique visant les étrangers : la préférence nationale. Demain, l’accès au logement social, à certaines aides ou emplois pourrait dépendre non plus des ressources ou de l’urgence sociale, mais de la nationalité. Ce discours repose sur trois mensonges.
Le premier consiste à faire croire que les quartiers populaires ne seraient plus la France. C’est faux. Près des trois quarts de leurs habitantes et habitants sont français. Surtout, ils n’ont pas à prouver qu’ils méritent les mêmes droits : en République, l’égalité ne se mérite pas, elle se garantit. Loin des caricatures, elles et ils travaillent, entreprennent, paient leurs impôts et contribuent à notre économie.
Elles et ils ne sont pas hors de la République. Ils la font vivre. La France s’est construite au fil des vagues d’immigration et ces quartiers ont beaucoup apporté à notre pays. Faire l’amalgame entre quartiers populaires, immigration et insécurité, c’est falsifier notre histoire autant que notre présent.
Le deuxième mensonge consiste à répéter que « des milliards y ont été déversés ». Les investissements publics dans ces quartiers ne sont ni une faveur ni un privilège. Parce que les inégalités s’y concentrent, il est normal que la République y investisse davantage pour garantir l’égalité.
Pourtant, le droit commun y reste insuffisamment mobilisé et les services publics y reculent. Les quartiers populaires restent ceux où le chômage est le plus élevé, les discriminations, notamment racistes, les plus fortes, l’accès à la santé, à l’emploi et aux services publics est le plus difficile.
Le troisième mensonge, le plus dangereux, consiste à faire croire que la préférence nationale serait compatible avec la République. Elle ne l’est pas. L’État de droit soumet le pouvoir au droit, garantit les libertés fondamentales, l’égalité devant la loi et la protection contre l’arbitraire. Faire de la nationalité un principe de hiérarchisation des droits, c’est trahir ce pacte républicain. Cette mécanique ne s’arrête pas aux seules personnes étrangers : dans les quartiers populaires, des millions de Françaises et Français sont renvoyés à leur origine, leur nom, leur religion supposée ou leur adresse.
Toutes les démocraties qui vacillent commencent par distinguer ceux qui seraient légitimes à appartenir à la Nation de ceux auxquels pourraient s’appliquer des règles différentes. Les habitantes et habitants des quartiers populaires seraient parmi les premiers à subir ce recul, mais pas les derniers. Affaiblir les droits de certains ouvre la voie au recul des droits de tous. Il faut « protéger tout l’homme et les droits de tous les hommes » rappelait René Cassin. La République se défend pour tous, ou elle finit par ne protéger plus personne.
C’est pourquoi le combat des quartiers populaires doit être le combat de toute la République.
Nous refusons que les quartiers populaires deviennent le laboratoire d’une République qui trie les personnes et leurs droits.
Nous refusons que l’on substitue la préférence à l’égalité, l’arbitraire au droit, la désignation de boucs émissaires à la fraternité.
Nous refusons toute forme d’exclusion comme d’assignation à une identité séparée. Notre universalisme ne connaît que des citoyens libres et égaux dans une même République.
Cette tribune est un appel au sursaut et à l’action. Notre objectif : résister. En alertant sur les dangers de l’extrême droite. En défendant une politique de la ville ambitieuse, l’accès effectif aux droits, le logement social, la lutte contre les discriminations, des politiques publiques qui garantissent l’égalité.
Les quartiers populaires sont une richesse et une force pour la France. Leur jeunesse, leurs talents et leur créativité font avancer notre pays. Ils sont des territoires de possibles, où la démocratie se construit par l’entraide, l’engagement, la vitalité associative. Loin d’être à ses marges, ils doivent être au cœur de la République, là où s’invente son avenir et s’éprouve notre idéal d’égalité, de fraternité et d’émancipation.
En 2027, les quartiers populaires seront le premier test de notre fidélité à la promesse républicaine. Mobilisons-nous, dans les quartiers populaires comme dans toute la société, pour faire de cet engagement une force pour toute la République.
Signataires : Camille Vielhescaze, vice-président de l’association Ville&Banlieue, premier adjoint de Cachan, Mohammed Mechmache, président du collectif Aclefeu (Association collectif liberté, égalité, fraternité, ensemble, unis)e t de la coordination Pas sans nous, Nathalie Tehio, présidente de la LDH (Ligue des droits de l’Homme/droits humains),, Christophe Robert, délégué général de la Fondation pour le logement des défavorisés, Rost, artiste, réalisateur, fondateur de Banlieues Actives, Gilles Leproust, président de l’association Ville&Banlieue, maire d’Allonnes, Emmanuelle Cosse, présidente de l’Union sociale pour l’habitat (USH), Saïd Hammouche, entrepreneur social, président-fondateur de Mozaïk RH, Rachid Benzine, politologue, écrivain, Cécile Duflot, directrice générale d’Oxfam France, Dominique Sopo, président de SOS Racisme, Patrice Vergriete, président de l’ANRU (Agence nationale pour la rénovation urbaine), maire de Dunkerque, Catherine Arenou, première vice-présidente de l’association Ville&Banlieue, maire de Chanteloup-les-Vignes, Mariam Diawara, présidente de Banlieue Femme, Benoît Hamon, président d’ESS France, Marie-Christine Jaillet, présidente du conseil scientifique du Comité d’histoire de la politique de la ville, professeure émérite, géographe et sociologue, Philippe Rio, vice-président de l’association Ville&Banlieue, maire de Grigny, Jean-Pierre Mignard, avocat, essayiste, Tarik Touahria, président de la Fédération des centres sociaux et socioculturels de France, Thierry Repentin, président de l’Anah (Agence nationale pour l’amélioration de l’habitat), Maire de Chambéry, Patrick Kanenr, ancien ministre de la Ville, de la Jeunesse et des Sports, Renaud Epstein, professeur de sociologie, Farid Benlagha Le Hazif, entrepreneur, producteur de la comédie musicale La Haine, Estella Klein, co-présidente de l’IR-DSU (Inter-réseaux des professionnels du Développement social et urbain), Reda Didi, entrepreneur social, fondateur de Graines de France, Damien Allouch, secrétaire général de l’association Ville&Banlieue, maire d’Épinay-sous-Sénart, Jamal Khay, co-président de l’IR-DSU, Michel Didier, président du Comité d’histoire de la politique de la ville
