Libertés
Que reste t’il de la Loppsi 2 du 14 mars 2011 après la censure du Conseil constitutionnel ?
En bref résumé la Loppsi 2 étend encore les pouvoirs de la police (infiltrations, utilisation de pseudonymes par les policiers sur internet, installation de mouchards sur les ordinateurs..), et permet aux préfets d’imposer aux maires récalcitrants la vidéosurveillance.
La Loppsi 2 étend aussi les fichiers de police (59 à ce jour), les fichiers d’antécédents (Stic et Judex). Les fichiers d’analyse sérielles, entrent dans le code de procédure pénale, avec possibilité de rapprochement entre les 59 fichiers policiers et conservation de données de toute personne interpellée pendant 3 ans (même si la garde à vue n’a entraîné aucune suite judiciaire). Les mineurs, sans limitation d’âge, figureront dans ces fichiers.
La Loppsi 2 crée les réserves civiles de la police, sorte de milices para-policières.
Elle créée aussi de nouvelles infractions (distribution d’argent sur la voie publique), mais surtout aggrave les sanctions pour des infractions existantes : le vol avec effraction, ou le vol au préjudice de personnes vulnérables, entraînent désormais une peine de 7 ans d’emprisonnement, au lieu de 5 ans auparavant, comme le vol avec violence entraînant une ITT de plus de 8 jours. Ces vols ne relèveront donc plus d’un juge unique, comme actuellement, mais d’une composition correctionnelle colllégiale. On ignore les moyens que le législateur envisage de donner à la justice pour que 3 juges statuent désormais, au lieu d’un seul aujourd’hui.La vente à la sauvette devient un délit. La peine est aggravée pour les dégradations de biens publics…
La Loppsi 2 renforce aussi l’automaticité des peines en cas de violences aggravées contre les personnes, en créant de nouvelles peines de prison automatiques, les peines plancher, même lorque le prévenu n’a jamais été condamné, qu’il n’est pas récidiviste. Ainsi pour les violences, avec ITT de moins de 8 jours , en réunion et sur dépositaires de l’autorité publique, infraction couramment relevée par les policiers en cas d’interpellation ou de contrôle d’identité « musclé », la peine d’emprisonnement ne pourra plus être inférieure à 18 mois, sauf décision spécialement motivée par les juges. Elle légalise la téléjustice, c’est à dire l’utilisation généralisée de la visio conférence, pour décider de la détention provisoire ou de l’emprisonnement d’une personne, ou de la rétention d’un étranger.
Les étrangers pourront être placés sous surveillance électronique mobile, en cas de soupçon de terrorisme,hors de toute autorisation judiciaire.
Enfin les mineurs, s’ils échappent pour cette fois à la comparution immédiate et autres procédures expéditives de jugement, gràce au Conseil Constitutionnel, ils pourront faire l’objet d’arrêtés municipaux de couvre-feus (le Conseil d’Etat les annulait systématiquement, donc la loi les légalise…). En cas d’urgence, ils seront placés à l’ASE, non pas par le Procureur de la république ou un juge des enfants, mais par le préfet, si celui considère qu’ils sont en danger. C’est encore un exemple de la confusion des pouvoirs (une compétence judiciaire étant attribuée à l’autorité administrative). D’ailleurs le juge des enfants devra désormais informer le préfet et le Président du Conseil Général des jugements concernant les mineurs, même en cas d’alternative aux poursuites décidée par le parquet.
Cette Loppsi 2 est donc, malgré la salutaire décision du Conseil Constitutionnel, un nouvel engrenage ajouté à la machine sécuritaire.
Rappelons que la Loppsi 1 était la loi 29 août 2002 sur la programmation de la justice, prévoyant notamment la création de 13 000 places de prison et la modification du code marchés publics pour leur construction.
Téléchargez l’analyse d’Evelyne Sire-Marin, magistrat, membre du Comité central de la LDH.
Documents associés
- Analyse Loppsi 2 (PDF - 144.6 ko)
Articles sur le même thème
- H&L 154 - La Loppsi 2, une loi de surveillance et de contention
- H&L 154 - La dictature du risque zéro
- H&L 153 - Délinquance des mineurs, le même fil sécuritaire
- H&L 151 - La République défigurée
- Un coup de trop !
- Cartes d’identité : Tous fichés !
- Non à la justice rendue derrière les barbelés !
- H&L 153 - Réforme de la psychiatrie et politique sécuritaire
- Réforme de la psychiatrie : une loi de grand renfermement !
- LOPPSI 2 : ils soldent nos libertés !
- H&L 151 - Bien connu des services de police. Un livre de Dominique Manotti.
- La forfaiture ou le mépris répété des lois les plus intimes de la République
- Projet de loi LOPPSI 2
- LOPPSI 2 : pas en notre nom !
- Pour une justice égale pour tous, pour une justice indépendante du pouvoir politique
- Protection des données personnelles
- Oscar ou le déni de citoyenneté européenne des Roms
- Communiqué du Dal : Loi LOPPSI : le Gouvernement demande la pénalisation et l’expulsion expéditive et arbitraire à l’encontre des squatters, des occupants de bidonvilles ou d’un “habitat choisi” …
- Forte mobilisation citoyenne face à la politique du pilori
- Mais qui donc est M. Rebsamen ?
- La Commission européenne et le Parlement doivent intervenir d’urgence, les Roms ne peuvent continuer à servir de bouc émissaire
- Fichage biométrique des Roms : l’annulation du fichier Oscar par le Conseil d’État devient urgente
- Appel citoyen : « Face à la xénophobie et à la politique du pilori : liberté, égalité, fraternité »
- Manifestations du 4 septembre « Face à la xénophobie et à la politique du pilori : liberté, égalité fraternité »
- Montpellier : Les associations s’opposent aux « évacuations » de camps de Roms
- Selon la CNCDH : une « succession de déclarations officielles de caractère discriminatoire »
- Face à la xénophobie et à la politique du pilori : liberté, égalité, fraternité
- La xénophobie de Nicolas Sarkozy menace la démocratie
- H&L numéro 150
- Taser et police municipale : quand le ministre se moque de la sécurité des policiers et met en danger celle des citoyens…
- Souriez, vous êtes « vidéoprotégés » !
- Affaire Orsoni : non à la justice d’exception
- On arrête bien les sans papiers et sur n’importe quel motif !
- Affaire du collège de Marciac : la CNDS, menacée aujourd’hui de disparition, stigmatise l’action de la gendarmerie nationale
- Face aux dérives policières, mobilisons-nous !
- La police au collège, l’arrestation à la sortie de l’école : les enfants dans le collimateur sécuritaire
- Psychiatrie, un appel de l’USP et du CEDEP : « Politique de la peur »























