Communiqué commun dont la LDH est signataire
Nassera Dutour, présidente du Collectif des familles de disparu-es en Algérie (CFDA) devrait être fixée aujourd’hui, le 26 janvier 2026, sur les motifs de son refoulement du territoire algérien, alors même qu’elle est citoyenne algérienne. Le tribunal administratif d’Alger examinera son recours en annulation, dans un contexte où le ministère de l’intérieur, pourtant dûment notifié, n’a apporté aucune réponse. Cet incident, grave en soi, montre que l’Algérie s’enfonce davantage dans l’autoritarisme.
Paris, le 21 Janvier 2026. Nassera Dutour, munie de son passeport algérien descend de son avion et se présente à la douane d’Alger, le 30 juillet 2025. Questionnée, retenue plusieurs heures, elle est finalement refoulée vers Paris de manière absolument arbitraire. Aucune justification ne lui est fournie, ni administrative, ni judiciaire.
Ses passeports sont confisqués, puis restitués à bord du vol retour. Ils sont accompagnés d’un procès verbal de refoulement, non signé et ne mentionnant aucun motif. Et pour cause, l’article 49 de la Constitution algérienne garantit à tout-e citoyen-ne algérien-ne le droit d’entrer sur le territoire national. De retour en France, Mme Dutour engage son combat judiciaire. Un collectif d’avocat-es se constitue pour sa défense et un recours en annulation est déposé, enregistré par le tribunal administratif d’Alger le 14 août 2025. Le ministère de l’Intérieur, notifié trois semaines plus tard, n’a à ce jour transmis aucune réponse au tribunal. Après plusieurs mois de procédure et d’échanges entre les avocat-es et l’administration algérienne, l’affaire a finalement été mise en instruction, clôturée la semaine dernière.
Une défenseure des droits qui dérange
En Algérie, mais aussi à l’international, Nassera Dutour est une figure reconnue de la défense des droits humains. En juin 2025, elle participait à la 59ᵉ session du Conseil des droits de l’Homme des Nations unies à Genève, au sein de la délégation de l’Alliance Féministe Francophone. Elle intervenait lors d’un événement parallèle organisé par la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH) sur les violences fondées sur le genre dans la région Afrique du Nord et Moyen-Orient.
« Le refoulement arbitraire de Nassera Dutour, pourtant citoyenne algérienne, constitue une atteinte grave aux libertés fondamentales et à l’état de droit. Il y a un lien évident entre l’activisme et le travail de Nassera et ce qui lui est arrivé », déclare Me Aissa Rahmoune Secrétaire Général de la FIDH. « Cette décision illégitime apparaît comme une sanction, les autorités algériennes ont peur d’une figure féministe qui lutte contre l’impunité, la vérité et la justice. Cet incident en dit long sur l’état d’esprit des dirigeant-es ».
Une atteinte grave aux libertés fondamentales
Le refoulement de Nassera Dutour constitue une atteinte directe aux droits à la liberté de circulation, d’expression et d’association, tels que consacrés pas les standards internationaux de droits humains, et vise à entraver la coopération légitime des défenseur-es des droits humains avec les instances internationales, en violation de la Déclaration des Nations unies sur les défenseur-es des droits de l’Homme.
La FIDH, ses organisations membres et partenaires appellent les autorités algériennes à :
1. annuler la décision de refoulement prise à l’encontre de Nassera Dutour et garantir son droit inconditionnel d’entrer et de circuler librement sur le territoire algérien ;
2. mettre fin à toute forme de représailles, de surveillance ou d’intimidation visant Mme Dutour, ses avocat-es et les membres du CFDA ;
3. respecter pleinement les obligations internationales de l’Algérie, notamment en matière de protection des défenseur-es des droits humains et de coopération avec les mécanismes des Nations unies ;
4. garantir l’indépendance et l’effectivité de la justice, y compris par la participation effective du ministère de l’Intérieur à la procédure en cours devant le tribunal administratif d’Alger.
La FIDH, ses organisations membres et partenaires resteront pleinement mobilisé-es et suivront avec attention l’issue de l’audience du 26 janvier 2026.
Signataires : Fédération internationale pour les droits humains (FIDH), Association tunisienne des femmes démocrates (ATFD), Centre libanais des droits humains (CLDH), Collectif de sauvegarde de la Ligue algérienne pour la défense des droits de l’Homme (CS-LADDH), EuroMeds Droits, Forum tunisien pour les droits économiques et sociaux (FTDES), Institut du Caire pour les études des droits de l’Homme (ICEDH), Ligue de défense des droits humains en Iran (LDDHI), Ligue des droits de l’Homme (LDH), Organisation Marocaine des Droits Humains (OMDH), Ethiopian Human Rights Council (EHRCO), Riposte international, Norwegian Helsinki Committee, Bir Duino-Kyrgyzstan
Organisations membres : Collectif des familles de disparu(e)s en Algérie (CFDA), Ligue algérienne de défense des droits de l’Homme (LAADH)
Paris, le 27 janvier 2026
