Communiqué commun dont la LDH est signataire
Nous, les organisations de défense des droits fondamentaux soussignées, exprimons notre inquiétude face à la détérioration continue de la situation humanitaire et des droits fondamentaux dans le nord de la Syrie à la suite des récentes opérations militaires menées dans la région.
Depuis janvier 2026, les opérations militaires menées dans les quartiers de Sheikh Maqsoud et Ashrafiyeh à Alep se sont étendues à d’autres zones, notamment la rive orientale de l’Euphrate. Selon des sources locales et des organisations de défense des droits fondamentaux, ces opérations auraient fait de nombreuses victimes civiles, provoqué des déplacements forcés à grande échelle et entraîné la disparition de dizaines, voire de centaines de personnes, ce qui soulève de graves préoccupations quant à la protection des civils et au respect du droit international humanitaire et des droits fondamentaux.
Un nombre important de civils déplacés de force ont cherché refuge à Kobani, une ville située à la frontière syro-turque, dont la population a considérablement augmenté en peu de temps. Kobani reste pratiquement isolée du reste de la Syrie, alors que les besoins humanitaires ont atteint un niveau critique. L’aide humanitaire et le soutien de la société civile aux civils de Kobani restent fortement limités en raison de la fermeture continue du poste-frontière turc de Mürşitpınar, en vigueur depuis 2016, malgré l’urgence humanitaire évidente.
Nous sommes profondément alarmés par le fait que l’approche adoptée par les autorités de transition syriennes à l’égard des communautés ethniques et religieuses, y compris les populations kurdes, risque de renforcer l’exclusion, l’insécurité et les déplacements. Toute transition politique crédible et durable en Syrie doit être fondée sur le respect total de l’égalité, de la citoyenneté et des droits culturels et linguistiques de toutes les communautés.
Nous, les organisations soussignées, exhortons les autorités turques à :
- Ouvrir immédiatement le poste-frontière de Mürşitpınar afin de permettre l’acheminement sûr, rapide et sans entrave de l’aide humanitaire aux civils de Kobani et des environs, conformément aux obligations de la Turquie en vertu du droit international humanitaire.
- Veiller à ce que les politiques frontalières et de sécurité n’aggravent pas davantage la crise humanitaire et n’entravent pas l’aide vitale apportée aux populations civiles fuyant les violences.
Nous appelons l’Union européenne et ses Etats membres à :
- Engager d’urgence le dialogue avec les autorités turques afin de faciliter l’accès humanitaire au nord de la Syrie par les voies diplomatiques et politiques.
- Accroître l’aide humanitaire aux populations touchées dans le nord de la Syrie, en particulier aux personnes déplacées à l’intérieur du pays et aux communautés d’accueil.
- Surveiller de près le comportement de toutes les parties en Syrie, y compris les autorités de transition et les Forces démocratiques syriennes (FDS), et veiller à ce que les violations du droit international humanitaire et des droits fondamentaux soient sanctionnées.
- Soutenir un processus politique inclusif qui garantisse les droits, la sécurité et l’égalité de citoyenneté de toutes les communautés ethniques et religieuses, condition préalable à la stabilité et à la paix.
Le 10 février 2026
Signataires : EuroMed Rights, Kaos GL Association, Rosa Women Association, Human Rights Association (İHD), KISA – Action for Equality, Support, Antiracism, Libya Crimes Watch, Diyarbakır Bar Association Children’s Rights Center, Foundation For Society and Legal Studies (TOHAV), Gulf Centre for Human Rights (GCHR), Syrians for Truth and Justice (STJ), Association for Monitoring Equal Rights (AMER), The New Woman Foundation, Truth Justice Memory Center, Equal Citizenship Center (ECC), Women for Women’s Human Rights – New Ways (WWHR), Huquqyat, LDH (Ligue des droits de l’Homme)
