La grève des travailleurs sans-papiers de Multipro

Le 15 avril 2008, 300 travailleurs sans-papiers se mettent en gréve et occupent leurs entreprises en région parisienne. Ils seront bientôt des milliers : on comptera en France 6000 grévistes déclarés, avec une carte individuelle de gréviste émise par les syndicats.

Une revendication centrale : la régularisation. Les grévistes élisent leurs délégués et fonctionnent en assemblée générale. Autre particularité : de nombreux grévistes sont des travailleurs des entreprises d’intérim. Les Multipro, à Ménilmontant, en font partie.

Le piquet de grève

Le 23 octobre 2009, 32 intérimaires de la société d’interim Multipro décident de se joindre à la lutte des sans-papiers pour leur régularisation. Ils s’organisent avec le syndicat Solidaires, élisent 3 délégués et décident d’occuper l’agence  du 146 boulevard de Ménilmontant dans le 20e .

La grève se met en place. Les grévistes s’organisent pour se chauffer et s’éclairer, avec la solidarité des soutiens de certains de leurs voisins. Un piquet de grève sur le trottoir explique la gréve aux passants. Les grévistes sont soutenus par le Comité de soutien aux travailleurs sans papiers du 20ème arr. de Paris, dont la LDH 20° .

Manifestations au 15 rue des Immeubles Industriels

Le patron de Multipro et ses employés déménagent les ordinateurs, les dossiers et les meubles de l’agence du boulevard de Ménilmontant et crée une nouvelle agence rue des Immeubles Industriels dans le 11e. Les grévistes et des membres du comité de soutien se rendent plusieurs vendredis de suite en manifestation pacifique au 15 rue des Immeubles Industriels et manifestent leur mécontentement avec drapeaux, sifflets, mégaphone, slogans et affiches.

Violences patronales

La réponse du patron de Multipro est violente. Le 19 février 2010, les grévistes, accompagnés du Comité de soutien, tentent à nouveau de faire valoir leurs droits en manifestant devant le 15 rue des Immeubles industriels, où ils trouvent un vigile et le rideau de l’agence baissé. Ils décident donc de se rendre à l’autre agence détenue par le patron, soit au 235 boulevard Voltaire. 2 agents de police sont devant cette agence dont le rideau est également baissé.

Une véritable milice cachée à proximité, attaque la petite manifestation avec une violence inouïe, mêlant coups et injures racistes et sexistes. Plusieurs personnes sont blessées, dont l’une sera hospitalisée avec une fracture au cou-de. La police appelée en renfort s’interposera. Mais, à notre connaissance, aucun agresseur ne sera inquiété. Nous déposons plainte.

Le 7 mai à 19 h, un rassemblement de solidarité massif a lieu à nouveau place de la Nation avec la présence d’élus du 20e et du 11e, pour protester contre cette violence patronale inacceptable.

Levée du piquet de grève

Le 5 juillet 2010, la préfecture de police de Paris ayant conditionné l’examen des dossiers de régularisation à la levée du piquet Multipro, les grévistes réunis en assemblée générale décident de partir de l’agence occupée depuis le 23 octobre 2009. Les membres du comité de soutien du 20e sont présents pour ce moment chargé d’émotion qui marque un tournant dans la lutte.

Les régularisations en marche

Malgré la mobilisation, la gréve nationale n’a pas permis d’obtenir un texte général de régularisation. Les dossiers sont traités au cas par cas. Le 4 août au matin, 2 camarades de Multipro reçoivent enfin les premiers récépissés, ouvrant la voie aux régularisations.

Deux ans après le début de la gréve, en novembre 2011, le syndicat Solidaires publie un bilan des régularisations :

  • Dans le 20e arrondissement, sur les 3 piquets de gréve dont Multipro, il y avait 76 grévistes
  • 25 ont obtenu un titre de séjour Vie Privée Familiale
  • 40 ont obtenu un titre de séjour Salarié
  • 3 dossiers sont encore dans les tuyaux des préfectures (nouvelle convocation à venir, re-dépôt dans une autre préfecture : 94)
  • 7 dossiers ont été refusés et ne peuvent toujours pas être re-déposés (pas de preuve sur 5 ans, OQTF en cours…) et le seront dès que possible
  • 1 dossier n’a pas été pris en charge par Solidaires
  • Plus de 50 des camarades régularisés ont pu renouveler leur titre de séjour sans problème.

Même si la détermination des grévistes a été sans faille, bravant le temps, le froid, les agressions et provocations patronales, l’endettement et la perte de leur logement, ce résultat n’aurait pas été possible sans le soutien de la population, des riverains et du comité de soutien unitaire.

Tractages, collages d’affiches, manifestations, concerts de soutien, collectes sur les marchés, ventes sur les braderies, achat de nourriture, mise sous pression des patrons récalcitrants, confection des dossiers, accompagnement en préfecture, négociations patronales et préfectorales, telle est l’activité quotidienne qui a rythmé notre lutte  !

L’action conjointe des syndicats et du comité de soutien du 20e a été essentielle dans cette lutte… qui continue.

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Les grandes dates de La grève de Multipro

Le film des cinéastespour les sans-papiers