Hubert Montagner

Le Président de la République et son gouvernement n’aiment pas les
> enfants
> par Hubert  Montagner
>
> Y-t-il une place pour l’enfant dans la société française ?
>
> Alors que le monde s’apprête à célébrer le XXème anniversaire de la
> Charte Internationale des Droits de l’Enfant, il est infiniment
> regrettable
> que la “société des adultes” n’accorde toujours pas aux enfants la
> place qui devrait leur revenir, et le respect qui devrait leur être
> dû. Les
> propos, décisions et mesures du Président de la République française
> et de son gouvernement en fournissent une illustration caricaturale.
> Malheureusement, l’opinion publique qu’ils anesthésient et brutalisent
> n’est pas vraiment consciente que la condition de nombreux enfants
> est précaire dans une jungle de pouvoirs et d’égoïsmes qui génèrent
> peurs, stress, blocages affectifs et inhibitions, inquiétude, anxiété 
> et
> angoisse, “troubles” somatiques et psychiques. Ou alors, les enfants
> sont “oubliés” ou niés. Quelques exemple sont particulièrement
> édifiants.
>
> * La suppression de maternités sans considération ou évaluation
> sérieuse des conséquences humaines et médicales, parfois graves pour la
> mère et son bébé.
>
> * La remise en question larvée de la durée du congé de maternité
> (propos récents du Président de la République) après “le retour en
> fanfare”
> de la Garde des Sceaux aux affaires politiques quatre jours après
> avoir mis un bébé au monde. Ce qui met implicitement en cause la durée
> actuelle du congé parental à l’occasion d’une naissance. Evidemment,
> tant mieux pour elle si son accouchement s’est bien passé et si son
> bébé se porte comme un charme. Tant mieux pour elle si un ou des tiers
> ont pu garder le bébé à son retour dans son ministère. Mais, la
> garde des Sceaux paraît ignorer dans sa superbe les difficultés,
> contraintes, obligations et souffrances qui nécessitent pour de
> nombreuses
> mamans un arrêt de travail d’une durée de plusieurs semaines, parfois
> des mois, avant et après l’accouchement. Elle n’a pas eu un mot pour
> elles. En tout cas, on ne l’a pas entendu. En outre, de toute
> évidence, elle ne sait pas que, tout au long de l’après-naissance, les
> interactions
> accordées entre la mère et son bébé sont nécessaires pour qu’un
> attachement “sécure” s’installe entre eux. Il faut bien plus de quatre
> jours
> pour que l’attachement se consolide. Le plus souvent, plusieurs
> semaines sont nécessaires pour que les deux personnes puissent 
> s’ajuster
> l’une à l’autre dans leurs rythmes, leurs comportements, leurs
> émotions et leur affectivité, et pour que le père et la fratrie
> puissent trouver
> leur place. C’est encore plus compliqué lorsque les mères vivent
> seules, dans la détresse ou sans attache familiale. Quel égoïsme !
>
> * L’insuffisance qualitative et quantitative des structures d’accueil
> pour la petite enfance (crèches et structures apparentées), alors que 
> la
> natalité en France est la plus forte d’Europe … et du monde
> occidental.
>
> * L’insuffisance ou l’inexistence dans ces structures de places
> réservées aux enfants porteurs d’un handicap, aux enfants “border
> line” et aux
> enfants dont les parents sont issus de l’immigration, en particulier
> quand leurs revenus ne leur permettent pas d’envisager cette 
> possibilité
> (les crèches ne sont pas gratuites).
>
> * La négation de l’importance du rythme veille-sommeil dans la
> croissance, le développement et les équilibres de l’enfant, c’est-à-
> dire la
> succession des épisodes de sommeil au cours des 24 heures, en
> particulier la ou les siestes. On a en effet entendu le Ministre de
> l’Education
> Nationale s’étonner qu’il faille assurer aux professeurs des écoles
> une “formation bac +5″ pour qu’ils fassent “faire la sieste” aux
> enfants de
> l’école maternelle. C’est évidemment indigne. Pourquoi le Ministre
> reste-t-il pas au moins une journée dans les écoles qu’il visite
> plutôt que
> frimer devant les caméras ? Il constaterait alors que la grande
> majorité des enfants de la petite section et de la moyenne section ont
> besoin
> d’une sieste reconstituante à la mi-journée (avec des visites
> renouvelées, il pourrait enfin apprécier l’importance de l’école
> maternelle dans le
> développement corporel et cérébral de l’enfant). La méconnaissance ou
> le non respect de la sieste dans la famille, à la crèche, à l’école
> maternelle et ailleurs, ont logiquement pour conséquence une
> diminution de la durée du sommeil quotidien. Par ailleurs, toutes les
> études
> récentes montrent que, à tous les âges, la durée du sommeil nocturne a
> diminué au cours des vingt dernières années. En conséquence de la
> diminution de la durée du sommeil nocturne et du non respect de la
> sieste, on réduit logiquement les capacités de récupération physique,
> physiologique, mentale et intellectuelle de l’enfant, mais aussi sa
> vigilance, ses capacités d’attention et de traitement de
> l’information. On
> perturbe sa croissance, ses équilibres affectifs et biologiques, ses
> capacités de mémorisation et la consolidation de ses apprentissages. 
> Que
> fait le Ministre de l’Education Nationale pour prendre en compte cette
> réalité ? RIEN, sinon fustiger les enseignants d’école maternelle
> soucieux de respecter le rythme veille-sommeil des enfants.
>
> * L’absence de stratégies et lieux d’accueil appropriés pour recevoir
> les enfants et leur famille dans les différentes structures de vie et
> d’éducation, parfois de soins, pour la petite enfance, notamment quand
> ils sont en difficulté et présentent des particularités biologiques ou
> psychologiques qui en font des personnes “pas comme les autres”.
>
> * Le lancement de l’idée de créer des jardins d’éveil pour garder les
> jeunes enfants, sans aucune réflexion ou conceptualisation. Ce sont des
> coquilles vides, “justifiées” notamment par le colloque “L’école à
> deux ans : est-ce bon pour l’enfant ?” qui s’est tenu le 1er avril
> 2006 à
> l’Assemblée Nationale, et l’ouvrage collectif publié en août 2006 par
> les Editions Odile Jacob. J’ai participé à ce colloque pour expliquer
> pourquoi il est nécessaire d’améliorer les structures existantes
> (crèches, écoles maternelles …), et non pas pour demander la
> suppression de
> l’une ou l’autre. Si on se fonde sur la recherche fondamentale, les
> observations cliniques et le vécu des éducateurs et enseignants, il 
> faut
> rénover les structures d’accueil et en créer de nouvelles. Elles
> doivent avoir pour mission d’accueillir tous les enfants, sans
> exclusive, et donc
> être gratuites (il est important qu’elles soient sous la
> responsabilité d’une équipe pluridisciplinaire, constituée notamment
> de Professeurs des
> écoles : pour plus de précisions, voir le document “les crèches-écoles
> enfantines”). De toute évidence, avec les jardins d’éveil, le projet du
> gouvernement (et pas seulement des deux sénateurs qui l’ont rédigé),
> est de créer des structures privées dont la logique serait le profit :
> non
> fondées sur un accueil optimisé des enfants et de leur famille, et sur
> un aménagement approprié du temps et des espaces, elles auraient pour
> objectif et finalité de rapporter de l’argent à leurs promoteurs et
> constructeurs, c’est-à-dire d’obéir à une logique marchande. Le
> Président
> de la République et le gouvernement penseraient-il à des amis patrons
> d’entreprise ?
>
> * L’absence de réflexion véritable sur les finalités, le
> fonctionnement et l’organisation de l’école maternelle pour tous les
> enfants, sans laisser
> un seul au bord de la route. Alors que tout le monde s’accorde à
> reconnaître son importance, les “décideurs” et les autres responsables
> du
> système éducatif la laissent volontairement dans le flou. Pauline
> KERGOMARD et ses amis pédagogues doivent se retourner dans leur tombe
> devant les menaces qui pèsent sur l’école maternelle qu’elles ont
> inventée au XIX ième siècle, et que de nombreux pays nous envient.
> L’absence de définition claire des finalités de l’école maternelle, de
> son organisation et de son fonctionnement, la rend vulnérable et 
> ouverte
> à tous les appétits ou idéologies. Allons-nous permettre qu’elle soit
> démantelée et/ou bradée pour augmenter les profits de quelques-uns ?
>
> * L’aménagement du temps scolaire à contretemps des rythmes et du
> développement des enfants … de tous les enfants, mais surtout ceux
> qui sont en difficulté, l’organisation de la journée à l’école étant
> la même de la petite section de l’école maternelle (enfants de trois à
> quatre
> ans, parfois de deux à trois ans) au CM2 (écoliers de dix à onze ans).
> Le passage généralisé de la semaine de quatre jours et demi à la
> semaine de quatre jours entraîne une augmentation de la pression
> relationnelle et intellectuelle sur les enfants car les enseignants
> doivent
> faire en quatre jours ce qu’ils faisaient en quatre jours et demi.
> Sous la pression de la hiérarchie, mais aussi parce qu’ils sont
> convaincus de
> cette “nécessité”, ils privilégient “logiquement” les apprentissages
> des “fondamentaux” (vocabulaire, grammaire, syntaxe de la langue
> française ; calcul et mathématiques). Il ne reste plus de temps
> suffisant pour les autres apprentissages et activités (arts
> plastiques, musique,
> chant choral, biologie, histoire, géographie, découverte de
> l’environnement …), et aussi pour les moments de détente, soupapes
> absolument
> nécessaires, surtout lorsque les enfants sont en difficulté. Il est
> fréquent que le manque de temps dans la journée entraîne également une
> augmentation horaire de la journée scolaire la plus longue du monde
> parce que, faute de temps suffisant dans la journée (”on n’y arrive 
> pas”
> disent-ils), un nombre non négligeable d’enseignants prolongent
> l’après-midi scolaire jusqu’à 16h.40, 16h.50 ou au delà. Il faut
> ajouter le
> temps consacré aux devoirs à la maison alors qu’ils sont interdits par
> une dizaine de circulaires ministérielles. Que deviennent en fin
> d’après-
> midi les temps d’activités ludiques, d’apaisement, de sécurité
> affective, de tendresse … avec les parents et les autres partenaires
> familiaux ou
> familiers ? La France a ainsi la “super journée” la plus longue du
> monde. Pourtant, le Ministre de l’Education Nationale qui a institué la
> semaine de quatre jours, aggravant ainsi les difficultés des enfants
> vulnérables, en souffrance … se répand maintenant dans les médias en
> disant qu’il est contre cette semaine. Où est la cohérence ? Faut-il
> rappeler que, pour imposer cette semaine, il a tenté de disqualifier 
> les
> scientifiques en affirmant dans les médias que la chronobiologie est
> une spécificité française ! Ses propos sont non seulement 
> diffamatoires,
> mais également stupides. N’importe qui peut “cliquer” chronobiologie
> ou rythmes biologiques sur internet, et constater la richesse de ce
> champ disciplinaire et pluridisciplinaire.
>
> * L’aggravation en classe de la pression intellectuelle et
> relationnelle avec la forte augmentation du poids des “fondamentaux”
> au cours de
> chaque journée scolaire, combinée à la semaine de quatre jours, encore
> plus dévastatrice, surtout pour les enfants en difficulté. Les dégâts
> sont évidents : en 2008-2009, la grande majorité des enfants de
> l’école élémentaires sont fatigués, souvent épuisés … mais également
> nombre d’enseignants. On peut faire l’hypothèse forte que les
> consultations des parents auprès du médecin généraliste, du pédiatre
> ou du
> pédopsychiatre, ont été motivées et sont toujours motivées non par les
> maladies infantiles, mais par l’état de fatigue, les difficultés
> d’endormissement, les réveils et cauchemars nocturnes, les “troubles
> du comportement” (conduites autocentrées, évitements, fuites,
> “hyperactivité”, agressions-destructions, conduites étranges…). Avec
> pour corollaire la prescription accrue de béquilles chimiques par des
> médecins décontenancés et dépourvus “d’autres moyens thérapeutiques”.
> On peut pronostiquer que la France va consolider sa place de
> championne du monde de la consommation de tranquillisants, somnifères,
> psychotropes …
>
> * Les espaces scolaires insuffisants, négligés, pauvres, fermés sur
> eux-mêmes, anxiogènes … non aménagés pour que les enfants puissent
> construire des alliances du corps et de la pensée. Les toilettes sont
> souvent dans un état lamentable.
>
> * La programmation de la suppression des RASED alors qu’il faudrait
> augmenter leur nombre, ainsi que la durée et la fréquence de leurs
> “interventions” auprès des enfants en difficulté. Comment expliquer la
> “confusion” persistante du Ministère de l’Education Nationale, et du
> ministre lui-même, entre le soutien scolaire apporté quotidiennement
> aux élèves par le maître dans la classe et le soutien psychologique et
> de reconstruction de l’enfant par les RASED ? Sous prétexte que sur
> leurs 26 heures “décrétées” pour la semaine, les enseignants doivent
> deux
> heures de “service” devant des enfants “puisque” que le temps scolaire
> des enfants “n’est que” de 24 heures. Les patachons du Ministère
> planifient les moments de soutien (quel soutien ?)) en dehors de la
> journée scolaire et aux pires moments :
> ++ à 16h.30, les enfants sont fatigués, voire épuisés, surtout ceux
> qui sont en difficulté … et bâillent déjà beaucoup, s’affalent sur
> la table …
> au début de l’après-midi quand cela n’est pas à la fin de la matinée ;
> ++ à la mi-journée, la neurobiologie a révélé qu’il y a une dépression
> de la vigilance corticale (du cerveau) ;
> ++ avant 09h.00 (souvent 09h.30), il faut aux enfants en difficulté
> beaucoup plus de temps qu’aux autres pour retrouver un niveau de
> vigilance et d’attention sélective qui leur permette de donner sens et
> signification au message du maître, donc de comprendre et d’apprendre.
> Comment pourraient-ils bénéficier d’un soutien réellement efficace
> avant 08h.30 ? On ne s’y prendrait pas autrement si on voulait aggraver
> les difficultés des enfants à comprendre et apprendre, surtout ceux
> qui cumulent les difficultés personnelles, familiales, scolaires,
> sociales et
> autres. Le Président de la République et son gouvernement ont renforcé
> une école à deux vitesses, rejetant ainsi les plus vulnérables,
> démunis, en souffrance … vers l’échec et la marginalisation. Et on
> parle d’intégration ?
>
> * Les fichage et bases de données scolaires qui permettent de suivre
> les enfants (et les familles) “à la trace”, et conduisent donc à des
> risques
> de stigmatisation et de ségrégation de ceux qui “ne sont pas comme les
> autres”.
>
> * L’insuffisance dans la vie quotidienne de lieux récréatifs,
> sportifs, culturels et autres réservés aux enfants de tous âges. Où
> peuvent-ils “se
> poser”, s’apaiser, canaliser leur trop plein de mouvement et/ou
> d’agressivité ? Ainsi se trouvent favorisée l’aggravation de l’auto-
> exclusion de
> la vie sociale et de la marginalité, des conduites autocentrées, des
> évitements d’autrui, des fuites dans la drogue, l’alcool, le
> suicide … la
> violence.
>
> * Le délabrement ou la détérioration persistante des structures de
> prévention et de soins qui accueillent les enfants en difficultés. On
> peut
> ajouter l’absence de propositions claires, concrètes et matérielles
> pour améliorer les structures spécialisées (hôpitaux de jour, I.M.E.,
> I.T.E.P…), et les ouvrir sur la société de façon intelligente.
>
> * La disparition des intersecteurs pédo-psychiatriques, ou leur
> réduction à leur plus simple expression.
>
> * L’institutionalisation de la prison pour les enfants de treize ans
> (douze ans dans le projet initial).
>
> Face à ces réalités, on comprend mieux les propos du Ministre des
> Affaires Etrangères qui s’interrogeait sur la pertinence du maintien
> d’un
> Secrétariat d’Etat aux Droits de l’Homme.
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>