-FUSILLéS POUR L’EXEMPLE DE 14-18

fusillés pour l’exemple de 14-18
Lettre imaginaire d’Alain Fenouillet secrétaire général de la ldh de Montpellier en hommage aux fusillés pour l’exemple de 14-18 :
1916. Un homme dort, recouvert d’une couche sommaire. Il s’appelle Jacques, Jacques Reboul, fils d’un paysan auvergnat, dans cette Auvergne profonde, ou les sols se travaillent dur, il a été appelé le lendemain de ses 18 ans. Deux ans de guerre, deux ans d’horreur. Il dort, mais sa nuit est un cauchemar. Il y a deux jours, son capitaine l’a désigné au hasard avec deux autres camarades. Le commandant a estimé que le régiment a manqué de courage. L’offensive était décidée à 6h pour prendre la montagne disputée depuis plusieurs semaines. Mais il s’est trouvé devant un déluge de feu tombant du ciel, même un pied ne pouvait pas avancé. Personne n’a fait un pas. Alors, là-haut ils ont dit : « Ce sont des lâches, il nous faut trois exemples ». Et il est parmi les trois, choisi par le capitaine. Peu à peu, arrivent les lueurs de l’Aube. On apporte un café aux trois hommes, qui le boivent en tremblant. Un prêtre s’avance : « Voulez-vous le secours de la religion, mes enfants ? » Personne ne répond. Jacques n’a plus de parole, impossible de dire un mot. Un officier se présente à eux et lit un texte : « Vu votre lâcheté devant l’ennemi, votre recours en grâce est rejeté, vous êtes condamné à la peine de mort et la sentence est exécutoire immédiatement. » On fait avancer les trois hommes comme dans un brouillard. Jacques Reboul va mourir, mais il ne peut y croire. Qu’ai-je fait, qu’ai-je fait ? J’ai toujours aimé mon pays la France. Pourquoi ? L’air frais d’un matin trompeur, un scénario macabre se met en place. Une garnison, un carré d’hommes et un peloton s’installe. Comme une parodie qui ne peut être vraie. Des bruits de troupes et des cliquetis d’armes. Silence absolu. Soudain, à nouveau : « Au nom du peuple français outragé par votre conduite. » De ses vingt ans, Jacques ne voit plus, n’entend plus. Son regard se tourne vers le ciel d’où les couleurs surgissent, s’y fondent. Il ne pense plus. Il ne connaît pas les paroles de Jaurès sur la fraternité des peuples contre le bellicisme fanatique et guerrier. Il est déjà dans le ciel auprès de sa mère et de celle qu’il aime, au village. Il n’est plus là. Une salve. Les balles françaises qui viennent d’être tirées ont assassiné la République. Jacques Reboul a vingt ans, il vient de tomber sous des balles françaises, lui laissant au cœur une plaie ouverte. Plus que des mots contre la guerre, moi adhérent à la Ligue des Droits de l’Homme, voulait vous dire le destin d’un jeune garçon assassiné pour rien, comme tant d’autres. « Il reviendra à la prochaine génération de bâtir la grande Paix entre les peuples. » Jean Jaurès