Débat avec E. Terray (groupe de travail LDH immigration) 6-02-2009(Carole)
Salle comble pour le débat avec Emmanuel Terray vendredi 6 février! 200 personnes ont investi la
Maison pour tous Léo Lagrange dans le quartier de la Paillade à Montpellier. Elles ont pu écouter
l’anthropologue démonter une à une les idées fausses sur l’immigration. Voici un résumé rapide de
ses arguments. Pour plus de détails, se reporter au livre dont il a co-dirigé la rédaction :
Immigration, fantasmes et réalités, pour une alternative à la fermeture des frontières (édition La
découverte, septembre 2008, 10€).
1ère idée fausse: « on peut endiguer l’immigration ». Non, répond Emmanuel Terray. La migration
est la forme la plus ancienne de toutes les libertés, celle d’aller et venir. C’est une liberté
fondamentale de la personne humaine. Le patronat est toujours favorable à l’ouverture des
frontières. La mondialisation encourage la circulation ainsi que la domination des capitaux
financiers sur toutes les autres formes du capital. La migration est donc le « contre-nomadisme » du
travail contre le nomadisme du capital. De plus, les barrières causent beaucoup de morts et sont
statistiquement inefficaces. On ne peut donc empêcher l’immigration, juste en prendre acte.
2e idée fausse : « la misère va déferler sur nous ». Non, répond Emmanuel Terray. Si c’était vrai, on
constaterait une migration uniforme au départ des pays pauvres, et de tous les pauvres ! Or,
l’origine des migration est extrêmement localisée. De plus, ceux qui partent sont ceux qui ont des
ressources, pour payer le voyage mais aussi, un certain savoir-faire, un « capital intellectuel et
social ». Une étude du Comité Sans-papiers de Lille, qui a obtenu 8000 régularisations depuis 1996,
montre que 55% d’entre eux ont le niveau Bac. Les migrants appartiennent aux classes moyennes
des pays pauvres. Les chinois qui viennent en France sont ceux qui ont des métiers. On ne voit pas
les paysans. Lors de la famine au Sahel en 1971, les gens du Sahel auraient pu déferler sur la
France ! Ils sont allés dans les pays voisins. Le raz de marée, c’est un fantasme ! L’appel d’air, c’est
cette offre permanente de travail illégal, avec la complaisance, sinon la complicité des autorités.
3e idée fausse : l’immigration serait une menace pour notre économie, pour l’identité nationale.
Non, répond Emmanuel Terray. Il y aurait 35 à 40 millions d’habitants aujourd’hui s’il n’y avait pas
eu d’immigration. L’immigration n’alimente pas le chômage puisqu’il y a plusieurs marchés du
travail. Opposer immigration et identité nationale n’a aucun sens puisque l’identité repose sur
l’immigration.
4e idée fausse : il n’y a pas d’autre politique possible. Si, il y a une politique alternative, répond
Emmanuel Terray. Le retour à la liberté de circulation et d’établissement. Elle existe pour la moitié
du monde. C’est le privilège des pays riches. Si on s’inscrit dans la tradition de la révolution
française, il faut l’abolition des privilèges !
Il faut aussi rétablir les étrangers dans leurs droits. La législation a fait reculer le droit et laissé place
à l’arbitraire. Les régularisations dépendent du bon pouvoir des préfets. C’est la loi qui a créé cette
situation ! On parle d’adhésion aux valeurs de la république. Où sont-elles, ces valeurs ? Qui va
contrôler cette « adhésion » ? Les personnes au guichet des préfectures ? C’est le cache-sexe de
l’arbitraire. Les immigrés sont rejetés dans des zones de non-droit.
Il faut la dépénalisation du séjour irrégulier, qui pour l’instant reste un délit.
Il faut la fermeture des centres de rétention et des zones d’attente. A la place, il reste l’assignation à
résidence.
Il faut donner aux recours un caractère suspensif.
Il faut exiger la motivation générale de tous les refus de visas.
Avant, avec le système de la commission de séjour, il y avait un minimum de transparence.
Il faut régulariser l’ensemble des sans-papiers sur le territoire français, avec une carte de dix ans. Et
non pas une carte d’un an, qui maintient les intéressés dans la précarité. Comment obtenir un
logement, un CDI, un emprunt, avec une carte d’un an ?!
Il faut abroger les restrictions qui concernent le mariage et le regroupement familial. La France est
adhérente de la convention européenne des droits de l’homme ! [L'Article 8 de la CEDH porte sur
le droit au respect de la vie privée et familiale, ndlr]
Il faut supprimer le Ministère de l’immigration, qui ne sert à rien sauf à produire les rafles et les
expulsions.
Le but des 30 000 expulsions par an, c’est de maintenir un régime de terreur, qui fait que les
intéressés rasent les murs et acceptent d’être exploités. Les techniques utilisées à l’encontre des
sans-papiers se propageront à l’ensemble des citoyens français, met en garde celui qui fut aussi
agrégé de philosophie et directeur d’études à l’EHESS.
Ce débat s’est poursuivi par un échange sur les moyens de lutter avec les sans-papiers. Merci à
Jamil pour les traductions en arabe qui ont facilité la compréhension de la soirée pour toutes et tous

