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Discours de Bernard Naudier – 62ème anniversaire de la DUDH, le 11 décembre 2010

Tout d’abord, merci à tous de votre présence malgré la froideur du temps, et aussi à M. le Maire d’Auxerre et ses services de la Ville qui oeuvrent à rendre cette commémoration possible, qu’ils en soient tous remerciés.

Après les articles 11 et 5 développés par Amnesty et l’Acat, je vais vous parler de cet article de base de la DUDH que l’on nomme l’article premier.

Je ne résiste pas au plaisir de vous le citer : «Tous les êtres humains naissent libres et égaux en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de Fraternité.»

Cet article est le socle de la déclaration. Il est issu de la déclaration antérieure, je veux parler bien sûr de la déclaration Française de 1789.

Comme nous sommes en Bourgogne, je ne peux échapper au rappel du souvenir que c’est à Dijon en 1936 lors du Congrès National de la LDH, sous l’impulsion de son Président de l’époque Victor Basch et d’un certain René Cassin, que les ligueurs ont adopté un « complément à la déclaration de 1789 ».

Ce complément n’était ni plus ni moins qu’une proposition de reconnaissance des droits économiques, sociaux et culturels.

La reconnaissance de ces droits a été promulguée dix ans plus tard dans le préambule de la constitution française de 1946.

Mais ce complément a aussi servi de base à la DUDH dont nous commémorons aujourd’hui le 62ème anniversaire.

Surnommé «l’homme des droits de l’Homme» René Cassin, fut le « père spirituel » et le rédacteur principal du texte final.

Ce grand juriste a déclaré lors de la remise du prix Nobel de la Paix qu’il reçut en 1981 à Oslo « il n’y aura pas de paix sur cette planète tant que les Droits de l’Homme seront violés en quelque partie du monde.»

Avant de conclure je voudrais revenir à cet article premier, qui nous parle d’êtres humains qui naissent libres et égaux en dignité et en droits.

Que nous inspire le mot dignité qui est un élément majeur du comportement de chacun, aussi, quand elle est bafouée, elle ne peut que provoquer notre colère et indignation.

Ces exemples de travailleurs sans papiers qui vivent sous le seuil de pauvreté au nom de profiteurs sans retenue, de travailleurs précaires ou pas, que l’on jette de leur emploi sans aucune considération, la liste est longue encore aujourd’hui de situations qui amènent à la perte de dignité, du moins qui précarisent et brisent les vies humaines.

Parce qu’en effet, l’on peut se demander si la dignité n’est pas plutôt perdue par ceux qui écrasent, exploitent et oppriment et aussi par ceux qui laissent faire à force d’inertie, de surdité et d’aveuglement sans esprit de révolte ?

La 2ème partie de l’article nous dit « les hommes sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de Fraternité.»

Tout est dit dans cette phrase !

Hélas la réalité nous montre que depuis des décennies une forme d’individualisme forcené prévaut au nom d’un libéralisme économique où le chacun pour soi est la règle, et où le marché, cette nouvelle entité céleste, est roi, l’écrasement des plus faibles et l’alignement du droit sur les considérations financières sont la norme pour protéger les intérêts d’une oligarchie politique et économique toujours plus puissante !

Alors pour résister à ce rouleau compresseur du «chacun pour soi» et à ces stratagèmes politiques qui montent les groupes sociaux les uns contre les autres selon le principe bien connu du «diviser pour mieux régner», qui veulent vider de sa substance ce qu’avait construit le Conseil National de la Résistance, nous devons nous souvenir et surtout mettre au coeur de nos pratiques la Fraternité qui n’est pas qu’un concept inscrit sur le fronton de nos institutions.
La Fraternité; il faut aller la chercher et la défendre.

La Fraternité est une conduite humaine noble qui ne peut s’adosser que sur des pratiques de solidarité et d’attention à nos contemporains.

La fraternité est politique et elle n’existe que si l’on déploie des conduites ou la dignité humaine est respectée.

C’est, animées par cette volonté que les associations de défense des droits de l’Homme que nous sommes, s’attachent à convaincre de nouveaux militants à les rejoindre pour continuer à être fiers de ces grands humanistes qui ont marqué l’histoire, en ayant la lucidité d’écrire en des temps difficiles cette déclaration que nous honorons aujourd’hui.

A l’occasion du 60éme anniversaire de la DUDH, M. Ban Ki-Moon, le secrétaire général de l’ONU déclarait, je le cite, «A l’occasion de cette journée des droits de l’Homme, j’espère que nous nous acquitterons ensemble de la responsabilité commune qui nous incombe par le respect des droits inscrits dans la déclaration. »

Merci de votre attention

Qu’est-ce que le Progrès ?

Petit mot prononcé, le 27 avril 2010 à Auxerre, à l’occasion de la journée « Faisons tomber les murs » – concours de dessins et poèmes d’enfants .

… Pas plus tard que toute à l’heure, quelqu’un, à la vue du panneau LDH, m’a posé cette question « Pourquoi annoncer que « les Hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits », puisque dans la réalité, c’est archi-faux ! ».

Quelque peu estomaqué, je lui ai répondu que le Progrès me semblait-être une pancarte bien plantée dans le sol qui indique « Là bas, c’est mieux… » ou bien, « il y a quelque chose de meilleur, par là… »
Cette pancarte donne une direction, un cheminement, un chemin.

Si on retire la pancarte, il n’y a plus d’orientation possible, plus d’Espoir.

L’Espoir montre que les Hommes ne sont pas uniquement des mécanismes quotidiens, infiniment répétés, sourds et aveugles aux autres.
Justement, l’Espoir s’oppose à la tendance de normalisation de nos sociétés dites modernes; elles formatent, coupent et rejettent.

Ainsi la pancarte qui met en exergue cette égalité des Hommes donne-t-elle une référence, un argument, un droit.
Le Droit, les Droits sont des mots fragiles qui permettent la distinction entre ce qui est digne et ce qui est indigne.
De cette distinction nait le droit à l’indignation, une sensibilité au sort des autres Hommes; l’indignation s’exprime par le cri.

Regardez bien ces poèmes et dessins d’enfants, ils nous crient la vérité.

Ainsi, la pancarte restera à sa place…

Vincent DIDIER