Visite du Centre médico-éducatif (CME) d’Auxerre à la Métairie Bruyère, le 5 mai 2011

La Ligue des Droits de l’Homme combat toutes les discriminations, en particulier celles qui frappent les populations ou les personnes étrangères ou d’origine étrangère, ainsi que ceux qui sont perçus comme différents par leur culture ou leur religion, leur sexe, leur orientation sexuelle, leur handicap ou leur maladie.

C’est pour cette raison que la section d’Auxerre a désiré organiser une série de visites de découverte par des enfants handicapés de ce qui se fait de mieux en matière d’Art.

Notre région est riche d’un patrimoine exceptionnel qui mérite d’être montré, expliqué et « ressenti » par des enfants…

A titre personnel, en tant que membre de l’association « Aux 4 Vents de l’Art » qui est au cœur de la Métairie Bruyère, il me semblait naturel d’attirer des enfants enfermés dans leur handicap aux beautés de la gravure artisanale.

Je souligne que la Métairie Bruyère lie, de façon constitutive, l’Art, la Culture et le Handicap. (voir en annexe)

Sous l’égide de Corinne Dutrou, la fille des créateurs de l’atelier, Robert et Lydie Dutrou, nos amis Sébastien Desplat et Myriam Lézier maîtrisent une longue expérience de stages pratiques réservés aux enfants – 60 participants aujourd’hui !

Nous avons pris contact avec Martine Faure, professeur des écoles au Centre médico-éducatif « Les petits princes » à Auxerre et sommes convenus d’un rendez-vous.

Nous nous sommes donc retrouvés sur place à Parly, ce clair matin du jeudi 5 mai, avec 6 enfants en fauteuil roulants et autant d’éducateurs. Myriam et Sébastien déjà harnachés de tenues anti-taches ont prudemment équipé les enfants de la même façon…

De l’encre, des pinceaux, une plaque de verre, tous autour de la grande table, les enfants ont entrepris chacun leur création, leurs mains délicatement soutenues par les éducateurs. Ensuite, chaque plaque a été introduite dans une presse, les enfants ont tiré sur la manivelle et une feuille de papier est apparue, la face gravée masquée… Alors, du bout du petit doigt de l’enfant, cette feuille a été décollée, puis retournée pour laisser apparaître l’œuvre définitive.

J’ai vécu un moment de rare émotion, quelque chose d’évident sans qu’on puisse vraiment dire pourquoi.

Il a régné toute une harmonie, une profonde douceur, la délicatesse des éducateurs, la générosité souriante de nos hôtes, la sérénité des enfants, la splendeur du lieu au cœur des fleurs, du zonzon des insectes, du cri des oiseaux, le jeu de la lumière à travers les arbres, des pétales froissés dans une petite main, l’odeur de l’encre, la trame du papier, la vision d’antiques presses qui fonctionnent toujours, les caractères d’imprimerie en plomb qui luisent dans l’ombre, les épreuves multicolores affichées sur les murs, le repas pris en commun…

Il n’y rien de plus humain que les cinq sens et cette expérience à la Métairie Bruyère a permis d’ouvrir ce qui était clos, chez les enfants, mais aussi chez les adultes – en toute humanité.

Vincent DIDIER

Président de la section d’Auxerre de la Ligue des Droits de l’Homme

Annexe :

Extrait de la rubrique « Historique » du site de la Métairie Bruyère (http://www.la-metairie.fr/)

GENÊSE D’UNE AVENTURE

La gravure «Le Grand Duc» de Joan Miró

Une journée de 1973

Durant cette journée, Robert Dutrou graveur imprimeur taille-doucier, travaille à la préparation de plaques de cuivre pour son ami le peintre Joan Miró. Sa nièce non-voyante entre dans l’atelier pour «voir» ce qu’il fait. Robert lui fait toucher le résultat imprimé de la planche gravée par l’artiste, elle s’exclame : « Que c’est beau ! c’est un oiseau ». Cette gravure s’appelle « Le Grand Duc ».

Ému, le graveur raconte l’anecdote à Miró. Très touché, l’artiste lui dit: « Il faudrait faire quelque chose pour les aveugles ».

L’artisan taille-doucier explique à Joan qu’avec son épouse Lydie, ils souhaiteraient éditer un livre de bibliophilie en y intégrant des gravures d’artistes, afin de générer des fonds pour venir en aide aux enfants non-voyants ou handicapés. Miró enthousiaste lui répond :

« Dutrou je serai le premier ! ».

Cette même année, le peintre réalise la première gravure du livre « Le plus beau cadeau ».