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Lettre Ouverte aux Maires du Puy de Dôme sur la mise en place du dispositif « Voisins Vigilants »

Madame, Monsieur le Maire,
Nous nous adressons à vous à la suite d’articles parus dans la presse et dans lesquels le préfet de la région Auvergne déclare vouloir mettre en place un projet de « Voisins Vigilants ». Nous y apprenons aussi que le préfet aurait déjà contacté certains d’entre vous à ce sujet.
Exprimant les craintes et doutes qui appartiennent, nous en sommes persuadés, à la majorité de vos administrés, la Ligue des Droits de l’Homme de Clermont-Ferrand émet ses plus vives réserves quant au dispositif.
Tout d’abord, ce n’est sans ironie que nous notons que le Gouvernement qui a supprimé en masse les postes d’agents de l’ordre, policiers ou gendarmes, en appelle maintenant aux habitants pour assurer un rôle de vigilance et, de fait, de maintien de l’ordre.
Mais surtout, nous considérons qu’il ne revient en aucun cas aux citoyens de se substituer aux forces de l’ordre.
Chaque personne témoin d’un acte délictueux ou criminel est, naturellement, appelée à le signaler. Faut-il prétendre aller plus loin et lui demander d’être « à l’affût » de ces délits ou crimes ? Après les citoyens volontaires auxiliaires de police, maintenant les voisins vigilants, et demain ? Le Gouvernement n’a-t-il d’autre réponse à l’insécurité que la mise en place de milices d’habitants ?
La Ligue des Droits de l’Homme de Clermont-Ferrand s’inquiète de la philosophie même qui sous-tend ce projet. Avec les « Voisins Vigilants », nous faisons un pas supplémentaire dans la société de la suspicion. Chacun est appelé à voir en l’autre un délinquant ou un criminel potentiel, à douter en permanence de l’innocence de l’autre, à surveiller et s’auto-surveiller en permanence, comme aux pires années de régimes hautement condamnés par tous les démocrates.
Nous pensons que le dispositif « Voisins Vigilants », déjà expérimenté ailleurs ( sans aucun bilan de ces expérimentations) et que le Préfet d’Auvergne voudrait aujourd’hui généraliser, ne génère pas la sécurité, mais une société de la surveillance et de la suspicion. C’est un projet de société bâti sur la présomption de culpabilité.
La Ligue des Droits de l’Homme est très attachée au maintien de la sécurité républicaine. Et cet attachement explique notre vive réaction. Cette question fondamentale, qui concerne tous nos concitoyens dans leur quotidien, est traitée par ce Gouvernement de manière médiatique, inefficace et dangereuse. Les forces de l’ordre républicaines et une Justice dotée de moyens accrus sont la seule réponse à l’insécurité. Des « milices citoyennes » ne peuvent se substituer à une police de proximité et à un travail de prévention et de suivi efficace. .
Nous espérons que vous serez sensible à l’importance de ces enjeux et sommes prêts à continuer, avec ceux d’entre vous qui le souhaitent, un travail de réflexion dans votre commune sur cette question..
Dans l’attente de votre réponse, nous vous prions d’agréer, Madame, Monsieur le Maire, l’expression de notre considération distinguée.
Pour la LDH de Clermont-Ferrand
Le président
Mohanad AL ABBAS

Pour la défense des libertés publiques

Manifestation unitaire
Samedi 25 juin 15 H Place Delille Clermont-Ferrand

Signataires : RESF, RUSF, LIGUE DES DROITS DE L’HOMME, DAL, CIMADE, MNCP-CHOM’ACTIF, CEMEA, CGT, CFDT, SOLIDAIRES, FSU, UNEF, SYNDICAT DE LA MAGISTRATURE, SYNDICAT DES AVOCATS DE FRANCE, EUROPE ÉCOLOGIE-LES VERTS, NPA, FRONT DE GAUCHE (PG, PCF, GU), ALTER ÉKOLO, PARTI SOCIALISTE, BRUT DE BÉTON PRODUCTION

Pour la défense des libertés publiques
Pour le droit de manifester
Contre la criminalisation des militantEs

Le 8 juin 2011, RESF 63 appelait à un rassemblement pacifique devant la préfecture de Clermont-Fd. Ce rassemblement a contribué à l’action aboutissant à la décision de la cour européenne des droits de l’homme, de libérer la famille Sylejmani du centre de rétention de Toulouse. En représailles, Marie-Luce Pouchard et Corinne Mialon ont été entendues au commissariat de police le 16 juin. A l’issue de cette audition, le procureur de la République a décidé de les convoquer ultérieurement afin de leur infliger un rappel à la loi. Il leur est reproché de n’avoir déclaré ce rassemblement que la veille et non trois jours à l’avance, comme le voudrait le décret-loi du 23 octobre 1935, héritage pourtant tombé en désuétude, d’une sombre période de notre histoire.
Au moment même où la préfecture ne respecte pas ses propres devoirs en matière d’hébergement des demandeurs d’asile et de protection de l’enfance, cette poursuite pénale apparaît comme la volonté de faire taire celles et ceux qui, chaque jour plus nombreux, s’indignent et dénoncent l’horreur de la politique du gouvernement à l’égard des étrangers sans papiers et des demandeurs d’asile.
Le nouveau Préfet d’Auvergne prétend-il ainsi faire taire toutes celles et tous ceux qui s’élèvent contre les atteintes au respect des Droits de l’Homme, des Droits des enfants, des libertés fondamentales… ?
Cette tentative d’intimidation confirme le climat de répression tout azimut contre l’ensemble de l’action militante, qu’elle soit associative, syndicale ou politique. C’est notre droit légitime à l’indignation et à la protestation individuelle et collective qui est visé. C’est un pas supplémentaire dans la restriction de la liberté d’expression et l’affirmation de la toute puissance sécuritaire.
Aujourd’hui, pour flatter l’électorat le plus xénophobe, l’Etat et son Préfet tentent d’entraver la défense des droits des sans-papiers. Demain, il tentera de museler l’ensemble du mouvement social, associatif, politique et syndical. Nous ne pouvons pas l’accepter et nous nous déclarons en résistance contre cette dérive !

§ Nous n’acceptons aucun recul sur la liberté de manifester,
§ Nous revendiquons le droit au rassemblement spontané,
§ Nous exigeons l’annulation des procédures engagées contre Marie-Luce et Corinne,
§ Nous revendiquons l’abrogation du décret-loi du 23 octobre 1935.