Les États membres préfèrent « délocaliser » des policiers plutôt que de « relocaliser » les réfugiés

AEDH, Association Européenne pour la défense des Droits de l’Homme.

Nul ne doute que, confrontée à la très importante présence de migrants sur son territoire, la Grèce ait besoin d’un coup de main de ses partenaires européens. La conscience des drames qui se jouaient, depuis trois ans, dans les îles grecques a ainsi justifié le plan que la Commission européenne a publié en mai dernier.

Certes il y manquait l’élan d’ouverture et d’humanité que l’on aurait pu attendre d’un espace régional riche de près de 510 millions d’habitants : la création de « hotspots » avait un avant-goût de centres de rétention … qu’ils ont fini par devenir ; l’accent posé sur une politique ferme de retours appuyée par Frontex frôlait dangereusement le refoulement ; le projet d’adoption d’une liste européenne de pays dits d’origine « sûrs » disait trop que l’UE ne se voulait pas terre d’hospitalité…

Mais ce plan, en plaidant pour un système de relocalisations de réfugiés présents en Grèce (et en Italie), marquait quand même l’impérieuse nécessité de ne pas laisser le pays seul face à une situation embolique que sa position géographique l’obligera à continuer d’assurer encore longtemps.

Manifestement,  c’était encore trop demander aux nations européennes : sur les 63 302 relocalisations envisagées par la Commission, 569 avaient été réalisées par 13 États à la mi-mars !

Il ne s’agit évidemment pas de mettre en cause des pays qui, comme l’Allemagne, l’Autriche, la Suède ou l’Italie ont, pendant plusieurs mois, fait ce qu’ils pouvaient pour ne pas laisser les migrants à leurs portes. Mais il y a les autres, tous les autres qui sont restés bien à l’abri de leurs frontières quand on avait besoin d’eux.

Ceux-là, aujourd’hui, toute honte bue, s’empressent d’apporter leur soutien à la Grèce pour faire de l’accord avec la Turquie un succès.

Ceux-là, qui ont été incapables de faire un geste pour « relocaliser » quelques milliers de personnes, s’activent maintenant pour participer au « mécanisme européen de protection civile »[1]  en envoyant qui des lits, des tentes, des couvertures, voire des oreillers ou encore des bottes… Pour s’assurer que les réfugiés se sentiront suffisamment bien en Grèce pour ne pas vouloir franchir de nouvelles frontières ?

Ceux-là qui ne voulaient pas de « la relocalisation »,  sont surtout très prompts à répondre à la demande de Frontex d’appuyer ses équipes pour accompagner les retours vers la Turquie[2].

En décidant que chaque migrant renvoyé serait escorté par un policier, l’Agence avait vu les choses en grand, mais elle a été entendue : 21 États membres ont déjà fourni 702 agents d’escorte (1 500 attendus),… plus que le nombre de réfugiés qu’ils avaient accepté de faire venir de Grèce.

Comme quoi, dans l’Europe des droits, il est manifestement plus facile de délocaliser des policiers que de relocaliser des réfugiés !!!

L’AEDH en appelle à un peu plus de dignité de la part des États membres. Notre association est particulièrement inquiète de ce que l’accord passé avec la Turquie le 18 mars ne soit considéré par les États membres comme un signal permissif pour développer une politique de réadmission vers des pays soi-disant « sûrs » sans s’inquiéter du traitement infligé aux réfugiés ainsi renvoyés ».

Bruxelles, le 8 avril 2016

[1]Ce « mécanisme », conçu pour répondre à des situations d’urgence nationale, par exemple à la suite de séismes, a  été sollicité, au second semestre 2015, par la Hongrie, la Serbie, la Slovénie, la Croatie et la Grèce, pour répondre à l’afflux grandissant de migrants et de réfugiés sur leur territoire

Voir : European Commission : Accepted Participating States’ Support to Civil Protection Mechanism for  Serbia, Slovenia, Croatia and Greece  (Consulté le 07.04.2016)  – http://ec.europa.eu/echo/files/Refugee_Crisis/EUCPM_Support_en.pdf

[2]Voir : European Commission : Implementing the EU-Turkey Agreement – Questions and Answers ;

Brussels, 4 April 2016

http://europa.eu/rapid/press-release_MEMO-16-1221_en.htm

 

L’Association Européenne pour la Défense des Droits de l’Homme (AEDH) regroupe des ligues et associations de défense des droits de l’Homme des pays de l’Union Européenne. Pour en savoir plus, consultez le site http://www.aedh.eu/?lang=fr.