La LDH soutient le film documentaire « Souvenirs de la Géhenne », de Thomas Jenkoe

Affiche Souvenirs de la Géhenne

Nous sommes en Flandre, tout près de la frontière belge, à la Grande-Synthe, ville-champignon limitrophe de Dunkerque : entre le premier port industriel de France, sa gare de triage, les grandes lignes ferroviaires, Paris, l’Europe du nord et l’Angleterre. Dans ce territoire bouleversé par les guerres, l’industrialisation a entraîné la construction, le plus vite possible et n’importe comment, d’immeubles médiocres où s’est entassée rapidement une population ouvrière venue de Pologne, du Maghreb ou de Turquie. Si l’on ajoute la crise industrielle plus récente, le chômage et le trafic des drogues dures venues des Pays-Bas, on a les principaux éléments d’un paysage social catastrophé. Pauvreté ouvrière, racisme des pauvres Blancs, antisémitisme des Arabes, violence meurtrière l’emportent sur les solidarités d’autrefois et transforment la Grande-Synthe en enfer.

C’est ce que nous montre le film de Thomas Jenkoe – il a tourné en 2014, avant l’arrivée massive des réfugiés kurdes, la volonté du maire de les sortir de la boue dans laquelle ils vivaient et la construction du camp par Médecins du Monde. Il s’arrête sur le paysage désolant, les sols défoncés, mais aussi sur la beauté électrique du port, de la mer du Nord et des enclaves de forêt qui subsistent. C’est là que vit J. D., dans son club équestre. En 2002, il a tué un adolescent de 17 ans qui sortait d’une mosquée : au hasard, pour passer sa colère contre les Arabes qui ont le droit de faire n’importe quoi, contre sa compagne qui l’a abandonné. La prison n’a rien changé. Depuis, il va d’accident en morphine, de tentative de suicide en tentative de suicide, continue à penser qu’il n’est pas raciste et qu’il « a fait ça pour ses enfants », regrette la peine de mort, caresse son chien et vote FN. On ne le voit pas à l’image : ses paroles, dites par un comédien, sont reprises du dossier d’instruction de son procès.

Autour de ce personnage central, des discours multiples. Ceux qui déplorent la mauvaise qualité de l’habitat social et des tentatives de rénovation ; des musulmans fiers de leur mosquée en construction, qui ne veulent pas savoir que le racisme existe ; des Turcs d’origine qui revendiquent leur nationalité française mais jalousent les Polonais bien plus facilement intégrés qu’eux ; ceux qui accusent la France d’avoir tué Khadafi, les juifs d’être riches et d’avoir exagéré le nombre de leurs victimes dans les camps d’extermination, la police et les juges d’être racistes ; ceux qui assistent impuissants à la criminalité ordinaire, issue du racisme ou de la drogue. Une voix modérée se fait entendre à la fin du film, pour regretter la ville d’autrefois, son humanité, et prédire que si ça continue, dans dix ans, comme aux Etats-Unis, tout le monde sera armé.

Là-dessus, on ajoutera un drame supplémentaire, celui des Kurdes du camp de la Grande-Synthe.

Alors quelles politiques pour remonter cette pente maudite ? C’est la question qu’on se pose immédiatement après avoir vu ce film prenant.

 

Souvenirs de la géhenne
Film documentaire, France, 2015

Durée : 56 mn
Réalisation : Thomas Jenkoe
Production : Tryptique Films – CINAPS TV
Distribution : Films de force majeure

 

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