La LDH soutient de film documentaire « L’Homme qui répare les femmes. La Colère d’Hippocrate », de Thierry Michel et Colette Braeckman

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Sortie le 17 février 2017

Neuf prix internationaux n’ont pas empêché l’interdiction de ce film en RDC : sous la pression des Nations unies, cette interdiction vient juste d’être levée. C’est l’histoire et le portrait du gynécologue Denis Mukwege, qui, malgré les menaces de mort, poursuit sous protection des Casques bleus son travail dans l’hôpital de Panzi, qu’il a créé en 1999 à Bukavu, capitale du Sud Kivu. Depuis une quinzaine d’années, il aide à se reconstruire physiquement et psychologiquement les femmes victimes de viols accompagnés de violences sauvages commis à grande échelle dans l’est de la RDC. Tout a commencé avec l’arrivée des Hutus du Rawanda, réfugiés après le génocide des Tutsis en 1994 : les conflits entre milices, guerriers traditionnels et armée officielle n’ont cessé de ravager l’est du pays et une nouvelle arme de guerre, avec les tortures et les massacres, est apparue pour détruire les populations : le viol. Pratiqué par tous, y compris l’armée et la police, et jouissant grâce à la peur et à la corruption de la plus grande impunité. On voit se développer le viol des enfants, des bébés dont le sang est réputé, selon les sorciers, apporter la richesse.

Les victimes sont seules, rejetées par leurs familles, terrorisées. Quand elles sont soignées, il faut leur rendre confiance, leur faire oublier, les réinsérer. Opérations, parfois à répétition – il a soigné plus de 30 000 femmes –, soins post-traumatiques, résidence, école, création d’une « clinique juridique », grâce à sa fondation le Dr Mukwege a acquis une exceptionnelle popularité : il dit que ce sont les femmes qui le protègent. Elles manifestent par milliers pour le soutenir, obtiennent de premiers procès d’une justice pusillanime, se constituent en associations pour défendre leurs droits, mobilisent les hommes pour faire campagne contre les viols. Car désormais la pratique du viol s’est répandue : elles disent que leurs propres fils finissent par en commettre.

Alors, le jour où il opère une fillette de huit ans violée, elle-même issue d’un viol, il pense que cela ne peut plus durer et décide de sortir du bloc opératoire. Denis Mukwege court le monde, discourt aux Nations unies, est fier de dîner chez les Obama avec les chefs d’Etats africains, reçoit le prix Sakharov au Parlement européen en 2014. Et là il parle de politique, de misère et de corruption, de justice et de paix, d’éducation et de démocratie.

On ne saurait rester indifférent à ce film, malgré sa longueur et malgré la violence parfois insoutenable de certaines images ou des faits qu’il rapporte ; malgré son côté hagiographique. Sa force vient de l’aura exceptionnelle de son héros ; mais aussi de la peinture de son pays. Le cinéaste montre le contraste entre des paysages saisissants, des richesses aurifères et minières prodigieuses, et la misère sinistre qui en résulte. Des maffieux vident le Congo. Sans Etat de droit, le pays est « une bijouterie sans porte ni fenêtres », dit Denis Mukwege. « Il faut tuer mille personnes pour devenir général au Congo », dit un prêtre.

On pourrait discuter les responsabilités congolaises, de Mobutu aux Kabila, et occidentales, françaises y compris, dans la situation au Rwanda puis au Zaïre, l’ancien Congo belge. Evoquer l’hypothèse qui court d’une candidature présidentielle de Mukwege en 2016. Ce n’est pas l’objet du film, qui s’en tient au récit d’une œuvre humanitaire admirable.

 

L’Homme qui répare les femmes. La Colère d’Hippocrate
Film documentaire, Belgique, 2015
Durée :
112 mn
Auteurs et réalisation :
Thierry Michel, Colette Braeckman
Production :
Les Films de la passerelle – Ryva production
Distribution :
JHR films

 

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