La LDH soutient le film documentaire « I am not your negro », de Raoul Peck

Sortie le 10 mai 2017

À travers les propos et les écrits de l’écrivain noir américain, James Baldwin, Raoul Peck propose un film qui revisite les luttes sociales et politiques des Afro-Américains au cours de ces dernières décennies. Une réflexion intime sur la société américaine en écho à la réalité française. Les mots de James Baldwin sont lus par Joey Starr dans la version française et par Samuel L. Jackson dans la version américaine.

Après avoir fui Haïti, son pays d’origine, Raoul Peck a voyagé à travers de nombreux pays, notamment les Etats-Unis d’Amérique. Il vit actuellement pour partie en France  (il est président de la Femis, l’Ecole nationale supérieure des métiers de l’image et du son).

Sa filmographie est importante et il a obtenu un prix de l’ONG Human rights watch pour l’ensemble de son travail en faveur des droits humains.

Il a réalisé ce film à l’issue d’un long cheminement à travers son histoire personnelle, celle de son pays et celle des USA où il a vécu. Il explique comment les assassinats de Medgar Evers (juin 1963), Malcom X (février 1965) et Martin Luther King (avril 1968) ont fait écho à sa propre histoire, redessinant son itinéraire entre l’Amérique, l’Afrique et l’Europe ; “un voyage à travers le monde qui refuse de reconnaître qu’il existe plusieurs histoires parallèles du monde” dit-il, et il ajoute “que les dominants doivent cesser de considérer l’histoire des autres peuples comme des notes en bas de page de leur propre Histoire”.

Dans ce travail de déconstruction, il s’est appuyé sur la pensée de James Baldwin, l’un des plus importants et influents écrivains américains du XXe siècle. James Baldwin a, dit-il, “exploré les subtilités palpables mais non dites des distinctions raciales, sexuelles et sociales présentes dans les sociétés occidentales et les tensions inévitables, si on ne les nommait pas, autour des questions d’identité…”.

Ce sont donc les mots de James Baldwin qui donnent au film sa cadence et aujourd’hui encore ils frappent avec la même force et violence que quand il les a écrits car “les cycles de violence et de confusion qu’il a condamnés se poursuivent, banalisés et déformés par l’influence de la presse, de la télévision, de Hollywood et les partisans politiques hargneux”. Comment les rompre si on ne traite pas la cause elle-même ?

C’est donc un film ouvertement engagé que réalise Raoul Peck en se mettant au service de la prose de James Baldwin. Il le fait en construisant une structure, un rythme et des étapes charnières issues de sa propre expérience.

Le film est essentiellement visuel et musical. Il utilise des images d’archives privées et publiques, des extraits de films hollywoodiens classiques, de documentaires, d’interventions filmées, de programmes télévisés, de débats télévisés ou publics et des images contemporaines. Il se livre là encore, à un travail de déconstruction de ce qu’il appelle “l’iconographie noire” telle qu’elle a été transmise par l’histoire officielle avec ses clichés, ses non-dits…

Et cela donne un film ‘coup de poing’ dont on ressort groggy devant une telle magnificence d’images et de sons, et surtout d’avoir été happés et secoués par la prose de James Baldwin, dont Raoul Peck dit, à juste titre, qu’elle est un laser, que chaque phrase est une grenade dégoupillée. En effet, l’analyse est sans concession, radicale et implacable et creuse jusqu’aux origines de la question raciale, bien au-delà des catégories habituelles qui nous confortent dans la bien-pensance de l’antiracisme.

Ce film est à découvrir absolument pour la force de sa dénonciation qui ne se perd jamais dans le marécage d’un racisme anti-blancs et dont on sent, tout au contraire, que l’auteur a foi dans l’Homme.

 

I am not your negro

France-USA-Belgique-Suisse

Durée : 1h34

Réalisation : Raoul Peck

 

 

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